C’est à travers l’hilarant Hommage de l’auteur absent de Paris qu’Emmanuelle Allibert, attachée de presse aux éditions JC Lattès, nous parle de son métier. Sorti chez Léo Scheer le 7 janvier, ce témoignage à la fois sincère et détaché, s’adresse à un public très averti qui connaît bien le milieu de l’édition.

Emmanuelle Allibert

Emmanuelle Allibert

Pour son premier livre, Emmanuelle Allibert fait fort et ne mâche pas ses mots. En tant qu’attachée de presse dans une grande maison d’édition, elle ne fait pas les choses à moitié et choisit de nous raconter une partie de son quotidien à travers un personnage tout à fait singulier : l’Auteur, avec un grand « A ». Ce spécimen sera détaillé sous toutes les coutures durant 200 pages. Pour le plus grand plaisir d’un public averti. Non connaisseurs du métier de l’édition et de ses codes : passez votre chemin. En revanche, si vous vous y connaissez un peu, Hommage de l’auteur absent de Paris vous fera rire du début à la fin.

« L’Auteur cherche un éditeur », « L’Auteur passe à la télé », « L’Auteur participe à un salon », « L’Auteur est adapté au cinéma »… Tout, tout, tout, vous saurez tout sur l’Auteur. Au-delà du comique de situation, le style d’Allibert est hilarant. Le spécimen choisi est un auteur, dirais-je, « lambda », qui a publié quelques romans et essais, a réussi à décrocher un contrat dans une maison d’édition importante grâce à son réseau, ne vend pas grand chose, a un peu de presse, passe éventuellement à la télévision, se rend à quelques salons littéraires en province, reçoit un prix… Deux traits dominants du caractère de l’Auteur en ressortent : il est sûr de lui, mais en même temps plutôt naïf. Ce postulat donne naissance à des situations très drôles.

hommage-de-l-auteurEmmanuelle Allibert ne se départit pas pour autant d’une certaine tendresse envers son Auteur. Il a beau être un peu relou, il n’en est pas moins un personnage singulier grâce auquel elle ne s’ennuie pas, et qui peut la toucher parfois. Cet hommage de l’auteur est aussi un hommage à l’auteur, énergumène truculent, souvent prévisible, au rendez-vous de sa réputation. A la fin du livre, Allibert remercie la direction des éditions Lattès qui l’ont encouragée dans son « projet annexe ». Quant à nous, on peut la féliciter d’être capable d’autant de recul, de clairvoyance et d’auto-dérision, sur ce métier qui semble très fatiguant mais quand même rigolo. La peinture de l’attachée de presse sonne très juste.

On s’amuse des encadrés « Ce que l’Auteur veut / ce qu’il a » qui rappellent la naïveté et la confiance que l’auteur a en lui :

Un shooting par un photographe réputé -> La photo (gratuite et libre de droits) prise par son neveu l’été dernier.

Que tous ses copains achètent son livre -> Il a envoyé un service de presse à ses cinq amis.

Que son éditeur soit aux petits soins pour lui -> L’éditeur filtre ses appels.

Hommage de l’auteur absent de Paris s’adresse à un public qui a déjà une connaissance assez précise du monde de l’édition et du métier des relations presse. Le comique de situation ne pourra pas être perçu par tout le monde. Pour les avertis, très bon moment assuré. Pour les très avertis, l’impression qu’Allibert parle de votre expérience à chaque ligne peut être assez déconcertante !