C’est la fin pour The Walking Dead ! Il est l’heure du bilan, en passant par une petite revue de l’épisode final, d’une durée de 60 minutes (90 minutes en comptant les publicités)

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL, ET SURTOUT SPOILER SUR TOUTE LA SAISON, Y COMPRIS L’EPISODE FINAL. LA LECTURE DE CET ARTICLE SE FAIT A VOS RISQUES ET PERILS

Dans l’épisode précédent, l’opinion autour du groupe de Rick se dégradait, et les tensions se cristallisaient, notamment autour de Rick lui-même qui décidait de passer à l’acte en jouant les protecteurs féministes de Jessie, battue par son mari Pete. Alors qu’il partait dans un monologue pour dire à quel point Alexandria et sa population étaient des fous naïfs, il est assommé d’un coup de crosse par Michonne.

Dans cet épisode final, Deanna organise une réunion pour statuer sur un éventuel exil de Rick. Celui-ci l’apprenant est bien décidé à faire entrer ses idées dans la ville et fomente un plan si jamais le jugement devait lui être défavorable. Morgan, le premier homme que Rick a rencontré au tout début de la série, le cherche, vivant en ermite dans la forêt. Daryl et Aaron continuent leurs pérégrinations, alors que parallèlement un groupe du nom de Wolves, pensant que les humains étaient des loups avant, accomplissent des actions encore obscures. Enfin, Glenn et Nicholas en viennent aux mains…

©AMC

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Soixante minutes donc, desquelles on pouvait attendre raisonnablement plus qu’un épisode normal, tant il nous semblait promis d’une part des débouchés sanglants et d’autre part une mise en place d’un nouveau décor préparant la future sixième saison. Il n’en fut rien : si l’épisode réussit à agencer plusieurs intrigues qui au fond ont le point commun de la mise à l’épreuve tant spirituelle que physique, ce dernier épisode se comporte comme un épisode habituel, sans vrai relief particulier, et bouclant plus ou moins ses intrigues en roue libre. Sauf que cette fois, la roue libre ne dure pas la moitié de l’épisode, mais les trois quarts, l’action ne prenant véritablement son envol que vers la 45e minute. C’est peu, trop peu. A l’image de la série, cet épisode final déçoit au niveau des attentes, mais aussi des espoirs d’une fin de saison musclée, et, disons le franchement, couillue, plutôt que de rester au stade de considérations.

Après, ne tirons pas sur l’ambulance : la série a choisi la retenue (encore que) pour centrer totalement son épisode sur Rick et ce n’est pas plus mal, étayant quelque peu sa réflexion plutôt que de tomber dans le gore trop facile. Certes, il y a bien la baston de gamins entre Nicholas et Glenn, le second reprochant au premier d’être responsable de la mort de Noah et Aiden, l’autre disant « c’est pas moi c’est lui » avant de se transformer en chochotte, mais le véritable propos est : est-ce que Rick est un chien enragé méritant d’être exclu, ou bien un mec avec un instinct de survie radical ? Eh bien la série ne tranche pas… jusqu’aux 30 dernières secondes. Tout l’épisode durant, on a du « je suis désolé, j’aurais pas dû le faire mais bon quand même quoi il bat sa femme » (Rick), « Rick m’a sauvé la vie » (Carol), « Rick est ce que vous allez devenir, il a développé ce caractère dehors » (Michonne), « on a tous tellement perdu » (Maggie). Puis c’est Rick lui-même qui, arborant une prise de guerre (un zombie qui s’était introduit dans Alexandria), leur explique qu’il ne faut pas être naïf et que les zombies finiront par entrer dans la ville. Soit : après tout, c’est ce qui est arrivé avec la prison, et il transmet son expérience. Et puis Pete débarque, veut tuer Rick avec le katana de Michonne, tranche la gorge du mari de Deanna qui voulait le calmer, et là allez, Deanna lâche tout et dit à Rick de le tuer, ce que celui-ci fait sans se faire prier, alors que débarque un Morgan incrédule.

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Fin qui laisse plus circonspect qu’autre chose : déjà parce que ca ne surprend que sur le moment, mais ensuite on se rend compte que la mort de Pete devait intervenir tôt ou tard dans l’épisode, surtout après le discours lourd de sens de Carol quelques minutes plus tôt ; ensuite parce que c’est ainsi que la série fonctionne depuis 4 saisons, faisant « monter la pression » avant de conclure sur un final abrupt nous laissant incrédule. Ici, la mort du mari de Deanna n’est évidemment pas due au hasard, et ce personnage est sacrifié pour montrer que Deanna aussi a de la haine en elle et donc va autoriser Rick à le tuer. Le fait que celui-ci le fasse sans sourciller, alors que les dix dernières minutes durant il avait semblé opérer un virage de la modération laisse tout aussi perplexe : on ne comprend pas très bien, à part pour coïncider avec la venue de Morgan qui évidemment ne l’a pas connu ainsi, pourquoi Rick tue Pete. A notre sens, il eût été intéressant de voir la réaction de la population puis Deanna sur le long terme et laisser Rick en suspens face à la décision. On a surtout l’impression que la série a pas mal calibré son final pour faire un peu de teasing pour la saison suivante tout en offrant aux fans une mort attendue. Mais qu’est ce qu’on en retient, là est la question : que dire de Rick, alors que tout son propos tombe à l’eau en un coup de feu ? Que penser de la communauté d’Alexandria : traumatisée, changée, consciente, inconsciente, dans le déni ? L’homme est-il un loup pour l’homme ? Beaucoup de questions, mais finalement peu de réponses : la série ne trouve pas l’équilibre entre poser un germe de réflexion chez le spectateur et exigences cinématographiques

En vrac, citons le fait également que de nouveaux ennemis, le groupe peu encore identifié des Wolves, sorte d' »étatdenaturistes » un peu désaxés, donnant cela dit lieu à une très jolie scène entre Daryl et Aaron, piégés dans une voiture entourée de zombies, et prêts à se sacrifier, cela malheureusement tué dans l’oeuf par l’arrivée de Morgan (oui, un affrontement bien frontal contre l’adversité aurait fait un bien fou). On a également le père Gabriel en mode « ange déchu », finissant par rencontrer l’ange exterminateur Sasha, dans des scènes aussi futiles les unes que les autres. Et donc un combat entre Glenn et Nicholas où le seul moment intéressant (quand Glenn se retrouve aux prises avec plusieurs zombies alors qu’il a l’épaule blessé) est totalement skippé par une éclipse magique, tout ca pour finir sur une attitude « je suis trop honnête pour tuer » de Glenn. Rien de très consistant à se mettre sous la dent, l’épisode reposant exclusivement sur le sort de Rick.

Une image punchy pour finir... ©AMC

Une image punchy pour finir…
©AMC

Alors quel bilan de saison ? Il se résume assez rapidement : après une première partie de saison totalement à la dérive, devenant de plus en plus insupportable au fil des épisodes jusqu’à une trêve hivernale bien méritée… pour le spectateur. Après cette trêve, la série est revenue bien changée, avec de meilleures intentions comme à ses plus belles heures, soulevant des questions intéressantes sur la place de l’homme dans la société apocalyptique, et sur l’opposition entre une civilisation idéale et une civilisation sauvage, et sur ce qu’est la civilisation dans une apocalypse zombie. Mais la série n’a jamais dépassé le stade des bonnes intentions, la faute à certains problèmes handicapants : des personnages ralentisseurs d’intrigues (Sasha, le Père Gabriel), des dialogues portant le fardeau des poncifs, par des acteurs pas assez à la hauteur, pas aidés il est vrai par des écritures de personnages parfois inexistantes (Rick se dégrade, Glenn n’évolue pas d’un pouce, Maggie joue les utilités…), trop de prévisibilité (l’épisode final, donc, la révélation de Eugene, le sempiternel un lieu/une action qui écarte toute surprise), et des choix pas toujours folichons (seuls des personnages relativement secondaires sont morts, dont Beth incompréhensiblement après s’être emmerdé à développer son personnage, la mort des cannibales de Gareth au bout de 3 épisodes, des cliffhangers à tout va…), ainsi qu’un aspect Call of Duty limite lobbyiste un peu trop prononcé. L’impression générale reste la frustration de ne pas avoir vu cette série déployer tout son potentiel.

Rendez-vous désormais dans quelques mois pour une saison 6 que l’on espère être un peu plus entreprenante, sur la lancée des promesses de la fin de saison 5.