Dans quelques semaines, un débat aura lieu dans l’enceinte du Forum des Images dans le cadre de Series Mania saison 6 : Tous critiques de séries ? Ma réponse.

Certains connaissent mon avis sur la sériephilie d’aujourd’hui. L’absence de rendez-vous série et de communauté réglée sur une même cadence ne permet plus de discuter de séries comme il se doit. La série est basée sur une instantanéité du produit et par la consommation en masse. Le mariage de ces deux facteurs fait que le sériephile se retrouve avec une quantité astronomique d’épisodes qu’il ne peut pas voir rapidement. C’est là que le critique série se crée,  est force de proposition et qu’il va guider l’âme sériephile perdue en lui disant : tu aimes la série A, tu aimes la série B, alors tente la série C. On le voit sur les groupes Facebook, seul endroit encore à même de proposer des échanges riches. C’est quelque chose que l’on n’a pas vraiment en cinéma – on dira moins « tu aimes ce film A, tu aimes ce film B, va voir ce film C ». Celui qui recherche une nouvelle série à regarder va faire défiler toutes celles qu’il a aimées et ou suivies pour que « l’autre » tente avec un savant calcul critique de résumer. On se rapproche du milieu de la musique avec des chansons conseillées suivant les goûts des uns. On aime un groupe de musique grâce aux chansons, on aime un épisode grâce à la série. On aime un film grâce à plusieurs facteurs. Le ressenti est différent.

La série a quelque chose que le cinéma a encore, c’est cette grâce de la cérémonie. Le cinéma peut encore jouir de cet état de fait : on parle d’aller au cinéma, il y a encore ce sentiment d’événement lié au film que la série n’a pas ou plus. Le rendez-vous télévisuel n’existe plus. La série se claque désormais sur l’actualité US, tout le monde est alors logé à la même enseigne.
Le critique cinéma est né de quoi ? C’est une forme humaine qui a le privilège de voir le film avant le grand public pour proposer un texte critique car il a été engagé pour ça et qu’il a les capacités. En série, tout le monde est quasiment au même niveau. Il n’y a plus trop de privilégié, de position de force. Chacun voit la série en même temps que la grande majorité des gens. C’est là que chaque spectateur jouit de la même position que les critiques pros. Evidemment, nous prenons comme base d’étude, la critique analytique et non pas le simple « j’aime, j’aime pas » hautement peu  convaincant et accessible à tous. « Chacun ses goûts » n’est pas non plus la meilleure critique possible.

En cinéma, le film jouit de la sortie ciné, c’est son événement c’est son cœur de vie. La série est un plaisir sur la durée, le film sur l’instantané et il partira suivant sa qualité dans l’archive du plaisir. Un film se reverra avec plaisir par sa durée, alors qu’une série est un investissement en temps considérable. On préférera ne pas bouder son plaisir devant un mauvais film, on s’en voudra pas, mais devant une série mauvaise, là on part sur du guiltypleasure, du jugement critique. La série est un accompagnant depuis plus de 50 ans. On ne peut la juger comme un film, comme une chanson. On la juge comme un produit lié à des sensations régulières, une histoire étirée en longueur, un rythme différent (et hybride avec le binge-watching, on comprend l’identité épisodique, mais on les enchaîne créant une sensation étrange entre deux épisodes).

Tous critiques de séries ? Oui. Gratuité par l’illégalité, offre indécente, immédiateté de l’actualité et surtout réception médiatique du produit par un mode de consommation personnel font de la série un produit étrange et fascinant. Un journaliste série fait des choix pour son métier, le sériephile en fait par manque de temps. Un journaliste série est guidé par un choix éditorial, un sériephile par des choix personnels, par la hype. Nous sommes tous critiques de séries mais, comme la consommation, nous le faisons tous différemment.