10 ans que le plus célèbre show de science-fiction a ressuscité de ses cendres, dispersées en 1996 après un téléfilm évitable, et récupérées en 2005 par Russell T Davies, en restituant toute la quintessence…

La série : Doctor Who (à partir de 2005)

Le parcours : Premier épisode diffusé le 26 mars 2005 sur BBC One. 103 épisodes + 14 épisodes spéciaux. 8 saisons, 9e saison actuellement en production. Détenteur des rôles aujourd’hui : Peter Capaldi (The Doctor),  Jenna Coleman (Clara Oswald, companion)

Le résumé : Les aventures du Docteur, un extraterrestre à forme humaine, voyageant dans l’espace et le temps dans son TARDIS (Time and Relative Dimension in Space), un vaisseau spatial grimé en cabine téléphonique…

Le background : Série vue en entier

Amenez-moi le pilote : Il est difficile de parler de pilote pour cet épisode. En effet, Doctor Who a « simplement » changé totalement d’équipe, du showrunner à l’acteur principal, mais en soi, la série a toujours vécu, ayant duré 33 ans (du premier épisode en 1963 au téléfilm de 1996), et quelle que fut la durée de son absence, inconsciemment, la série devait revenir, par l’énorme impacte qu’elle a eue et a toujours outre-Manche. C’est donc un nouveau départ que ce premier épisode, intitulé Rose, du nom de la nouvelle compagnonne, Rose Tyler (Billie Piper). La continuité est assurée par un mince fil : Christopher Eccleston est le Neuvième Docteur, et non un « nouveau » Premier. La régénération elle-même n’est pas expliquée, et le principe même de régénération n’est expliqué qu’en fin de saison, ce qui fait que n’importe qui ne connaissant pas Doctor Who peut commencer par cet épisode : il lui sera tout donné.

©BBC

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Ces bases posées, voyons l’épisode (dont l’écriture fut proposée à JK Rowling, qui déclina pour écrire le 6e volet d’Harry Potter). Il porte la marque indubitable de Russell T Davies. Pour ceux ne le connaissant pas, Russell T Davies est un spécialiste de la classe populaire londonienne, de ses sensibilités, habitudes, manières, et il s’est toujours appliqué à faire ce qu’ici on pourrait appeler, pour reprendre l’expression, de réalisme magique : un environnement social, populaire, dans lequel arrive un truc incroyable. A ce titre, le personnage de Rose en est un symbole : jeune fille sans histoires, en couple, travaillant comme vendeuse dans un magasin… et là les mannequins l’attaquent ! Une combinaison savoureuse de l’humour britannique avec du fantastique, puis irruption de la science-fiction sous les traits du Docteur, qui par son apparence humaine et par ses vêtements très normaux, simples (une veste de cuir noir, rien de plus, Davies voulant trancher avec l’excentricité des costumes de Colin Baker ou Sylvester McCoy entre autres) nous le fait voir comme le protagoniste, dont on ne connaît rien. C’est seulement quand on voit son vaisseau, mais aussi ses connaissances sur les Autons (les mannequins) que l’on sait qu’un truc cloche.

Et le Docteur, après l’avoir laissée sur le toit d’un immeuble, de dire à Rose : « Oh I’m the Doctor by the way, what’s your name ? » « Rose » « Nice to meet you, Rose. Run for your life ». Premiers mots d’un Docteur caractérisé par sa jovialité, son sourire éclatant, et son excentricité dans la simplicité, mais aussi marque d’une série qui tout en s’adaptant à la modernité où elle a posé son propre TARDIS ne renoncera en rien à son propre héritage (la première apparition des Autons introduisait déjà un Docteur, Jon Pertwee, et de manière similaire). Pas d’introduction solennelle, bien au contraire : Doctor Who se dévoile dans ce premier épisode dans toute son incongruité chère à Russell T Davies, qui se verra moins chez Steven Moffat par la suite. Après tout, pas besoin de cela : à travers ce premier contact, le lien est immédiatement noué, le charme tout de suite fait effet, et c’est ainsi que Rose partira avec le Docteur, laissant pantois et interloqué ce malheureux Mickey Smith (Noel Clarke), bonne pâte mais à chaque fois roulé dans la farine. C’est cet humour so british, mélangé à tout cet univers affectueusement kitsch, des Autons au TARDIS en passant par la veste du Docteur, qui rend Doctor Who profondément attachant. Parce qu’à chaque fois, tout est tellement réel et tellement imaginaire en même temps.

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Ce premier épisode, plaisant par sa manière de nous faire atterrir à la fois totalement in medias res et à la fois pas du tout, où même si on ne connaît rien de la série on a l’impression de la connaître dans ses moindres recoins, est symbolique de la série, et particulièrement des années Russell T Davies (soit les 4 premières saisons) : qui n’a jamais rêvé d’un surgissement du surnaturel pour briser le train-train de sa vie monotone, et surtout, qui n’a jamais rêvé de partir à l’aventure pour explorer l’univers, encore plus avec un mec sympa comme Chris Eccleston (même si c’est un inconnu, car on a l’impression de le connaître) ? Ce premier épisode, sobrement intitulé Rose, nous rappelle que c’est nous, le spectateur, qui sommes mis à l’honneur et installés confortablement dans l’univers whovian, où le Docteur nous invite pour une petite escapade aux confins de la galaxie…

Ne s’embêtant pas d’une pyrotechnie handicapante, fidèle à ses valeurs et principes, respectant ses traditions, Doctor Who célèbre son retour par un épisode maîtrisé de bout en bout, surprenant et agréable. On sera bercés ainsi, avec tout de même quelques passages chocs, pendant 4 saisons, au travers de deux Docteurs irréprochables (l’extraordinaire David Tennant prenant sans bavure le relais de Christopher Eccleston, qui malgré son unique saison reste injustement sous-évalué), avant d’opérer un brusque virage à 180°C avec l’arrivée de Steven « Sherlock » Moffat à sa tête accompagné de Matt « Mad Man » Smith puis Peter « Grumpy » Capaldi. Mais le plaisir, lui, reste toujours intact. Rendez-vous pour la saison 9 dans quelques mois !