Dix ans déjà que la série qui a révélé Steve Carell a commencé. Dix ans que The Office a réussi le pari d’être un remake allant plus loin que l’original. 24 mars 2005, The Office est diffusée sur NBC devant  11 millions d’Américains.

La série : The Office

Le parcours : Pilote diffusé le 24 mars 2005 sur NBC. 199 épisodes, 9 saisons, des webisodes

Le résumé  :la vie d’une entreprise de vente de papier, Dunder Mifflin à Scranton avec son boss, Michael Scott et ses employés qui tentent de déjouer la routine.

Le background : vu, aimé, adoré, revu

Amenez-moi la série : Le pilote est un copier-coller du pilote anglais. D’ailleurs la saison 1 est une saison assez inclassable dans l’humour et dans le ton. La saison 2 sera vraiment la vraie première saison. Steve Carell a dix kilos de plus et dix centimètres de cheveux en moins pour jouer un Michael Scott très irritant proche d’un David Brent de The Office UK. On est vraiment dans de l’humour lourd, simplet et assez beauf mais qui fonctionne. Cet humour est spécial car il fait appel aux bas instincts de l’homme, de ce qu’il ne veut pas être. On peut aussi ajouter à ça, un fort désir de voir devant soi une vie d’entreprise terriblement banal et insupportable.

On sent se dessiner des personnages plus mis en avant comme Pam, la réceptionniste, Jim, le vendeur, Dwight le lèche-cul et Ryan, l’intérimaire et souffre-douleur. Des personnages tous très différents, loin des beautés. Ce réalisme souligne le degré authentique de la série voulu par la vision mockumentaire de la série. Sans musique aditionnelle, brisant le quatrième mur, The Office devient un portrait intelligent de la vie en entreprise.

Les comédies sont les parents pauvres des séries, peu de monde en parle à part les plus connues et peu d’élus restent dans les mémoires (est-ce que quelqu’un peut citer autre chose que Friends ?!). Pourtant il existe des perles et The Office en fait partie. Les portes de Dunder Mifflin se sont refermées pour des millions de téléspectateurs en mai 2012, l’occasion de revenir sur 9 ans de CDD.

Ma première approche fut par… le remake français ! Eh oui, Le Bureau a été diffusée par Canal + et j’en ai gardé un souvenir très positif. Le type d’humour était vraiment original et, chose rare, me faisait rire ! Je me suis donc tourné vers la version américaine, plus glamour que l’anglaise toujours assez froide. Un puis deux épisodes et le charme était déjà là, l’humour aussi et la galerie de personnages était clairement atypique. Le coup de l’agrafeuse dans la gelée m’a achevé : j’étais addict.

Je n’ai jamais touché à la série anglaise de Ricky Gervais. Peur d’avoir différent tellement la version américaine a réussi son coup. Il y a clairement beaucoup de choses à dire sur la série. Commençons par l’humour.

Au-delà de la simple sitcom, The Office véhicule des blagues et des dialogues portés vers la honte, la gêne, le ratage, bref sur tout ce qui rend l’ambiance un peu pesante. Ca a été une bouffée d’air frais pendant de longues saisons. Menée tambour battant par un Steve Carell parfait en Michael Scott, The Office possède des tas de séquences cultes. On ne compte plus les blagues entre Jim et Dwight et les tentatives désespérées d’attirer l’attention par Michael Scott qui sont les deux gros ressorts comiques de la série.
Outre une écriture réussie, le casting joue un rôle important. Les personnages ont tous un physique totalement atypique, clairement moins glamour qu’un Grey’s Anatomy par exemple. Ici on joue sur les tronches de monsieur ToutLeMonde et on va même plus loin que ça. Véritable décor eux-mêmes, les personnages secondaires sont relégués en figurants pour bon nombres d’épisodes. Avec ce genre de gestion des personnages, The Office rend hommage tous les employés qui sont une fois, peut-être par hasard, devenu le héros de la journée au taf ou au centre d’une attention particulière, en bref, la série rend un vibrant salut à la vie de bureau en open-space. Qui n’a pas tenté de faire des blagues à un collègue bon client (ou mauvais d’ailleurs) ? Moi le premier, je tentais de retrouver cette ambiance au boulot et il est vrai que chaque entreprise a sa propre galerie de personnages.

Vous l’aurez compris The Office est à la fois originale mais met le doigt dans le vrai. Au-delà des apparences, The Office est une vraie peinture de la société où la formule metro boulot dodo prend tout son sens. La partie boulot est une portion de la vie de chacun, on passe un quart de son temps si ce n’est plus sur son lieu de travail !

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A ce titre, le temps passé peut être aussi du temps gagné… dans sa vie sociale. Jim Halpert et Pam Beesly sont devenus de véritables icônes du couple télévisuel par excellence. Voir leur amitié et leur histoire d’amour prendre forme sous nos yeux avec ces caméras indiscrètes  qui captent ces moments de complicité magiques ont fait de Jim et Pam des personnages d’une justesse incroyable. Leur histoire a été pendant longtemps le filigrane de la série et les voir évoluer n’a pas été de tout repos. De deux collègues amis ils sont devenus parents en crise. La série et leur couple sont très liés. Quand le duo fonctionne, la série fonctionne. Il est intéressant de voir que l’intérêt pour leurs histoires va de paire avec la santé de la série. La logique voudrait que le couple se sépare à la fin de la série pour mettre un point d’orgue à ce que l’histoire soit en quelque sorte bouclée mais une happy end serait aussi bienvenue. Le simple fait de penser que cela pourrait mal finir serait inscrit dans une logique purement émotionnelle. Il ne peut rien leur arriver d’excitant et de nouveau qu’une rupture. Le spectateur a perdu beaucoup en voyant Jim et Pam se transformer en couple routinier sans magie. Finir sur une réconciliation serait presque paresseux. Je ne dévoile pas la fin de leur histoire télévisuelle mais elle souligne bien l’aspect humain de la série. L’excitation de l’amour, des projets professionnels, des décisions, du partage se retrouvent à 200% dans ces deux personnages. Et les derniers mots de Pam dans l’ultime épisode sont un vibrant écho à tout ça.

L’effet de groupe joue beaucoup dans The Office. Les épisodes où ils sortent de leurs murs sont parmi les plus réussis. On sent les acteurs amis dans la vie, la folie engendrant la folie, cette alchimie était grandement palpable. La série parvenait alors à prouver que des personnages détestables, simples, simplistes, simplets pouvaient avoir une grande tendresse. Que ce soit Michael Scott qui citait Britney sur Lady Gaga, les Dundies Awards qui offraient fou rire sur fou rire et Dwight qui offrait sa vision du monde à travers des us et coutumes bien à lui, The Office mettait de la vie là où il ne devrait pas en avoir.

Oui Michael Scott est insupportable mais ça en fait un personnage riche. De perturbateur lourd il devient un homme en grand manque d’attention au fil des saisons pour terminer sur un homme qui a ce qu’il voulait. Le talent de Carell a fait le reste. D’un regard, il passe de la tristesse la plus profonde à une malice incroyable. Il faut le voir tenter d’aider au mieux ses employés alors que la crise guette. Jamais Scott ne sera innocent. Au détour d’un épisode, on le croit vraiment idiot mais non, il a toujours cette idée enfantine du jeu pour distraire ses employés et les éloigne d’une morosité qu’il ne peut plus repousser. Ce patron à la vie personnelle désastreuse voit en ses employés, une famille qu’il n’a pas. Alors il les couve, les engueule, les guide, les surveille. La vie privée des employés est souvent parasitée par la présence de Michael. On aime le trouver insupportable.

La vie de la série a été mouvementée et riche. Double épisode, diffusion post-Superbowl, guests de choix, départ de casting, manque d’inspiration, The Office a tout vécu. Et on peut le dire, elle n’a jamais été aussi passionnante que durant ses trois premières saisons. L’âge d’or de la série était derrière elle après à peine trois ans. Ca ne veut pas dire que le reste est à jeter, non. Mais le niveau était tellement haut qu’il était difficile de garder ce rythme et cette inventivité constants. Rien que le concept de mockumentaire ne ressemble plus à rien en saison 2 avec des champs/contre-champs improbables et des caméras trop présentes.
La saison 2 permet de mieux connaissance avec tout le reste des « figurants » devenus des personnages à part entière. La saison 3 est un summum d’humour avec des épisodes hilarants et une équipe qui sort dep lus en plus de son bureau pour explorer les environs et utiliser la dynamique de groupe avec brio. La saison 4 a subi le contrecoup de la grève des scénaristes et on sent un manque cruel d’idées. heureusement la saison 5 parvient à redonner un coup de jeune à la série avec des rebondissements, des changements d’enjeux (la Michael Scott Paper Company par exemple, bel arc), les personnages sont plus mûrs (à l’écriture, pas dans leur tête). Scott a désormais un passé amoureux et on le sent plus humain.
Post saison 5, la série semble déjà dans la redite tout en restant peu avare en épisode d’anthologie. Mais le manque de personnages nouveaux, la relation Jim/Pam moins mignonne, The Office accuse le coup de sa folle jeunesse. Les dernières saisons, Scott parti, la magie Jim/Pam disparue, il ne restait plus de grandes fondations pour que la série parvienne à maintenir le cap. Ce n’est pas faute d’avoir un casting impeccable, non, c’est la faute à des scénaristes plus du tout inspirés. Certes Ed Helms tente de maintenir le navire à flot mais son Andy est plus irritant qu’autre chose. A regarder globalement, son personnage n’a jamais été travaillé comme il se doit et c’est artificiellement qu’on a tenté de lui fournir du contenu avec son histoire avec Erin.

The Office se conclue dans une quasi indifférence par rapport à la place de choix que la série avait. Les audiences ne sont pas si désastreuses mais depuis le départ de Carell, on sent un désintérêt du public évident. Pour le final, on s’attend à ce que le principe originel de la série – une équipe documentaire filme Dunder Mifflin – trouve son apogée dans les 75 dernières minutes. Le principe de documentaire était effectivement une idée formidable. Nous étions les témoins des confessions de chacun et leurs impressions sur des scènes vues précédemment. Il y avait ce petit décalage charmant et rafraîchissant qui permettait de renforcer l’aspect « réel » de la série. Pourtant ce principe est devenu petit à petit envahissant et clairement bancal. Les angles de caméra se multiplient, les champ-contre-champs deviennent incohérents et chaque fait et geste de la vie des employés ont été mis en boite. Cette dernière révélation arrive en saison 9 quand le principe du documentaire va servir de prétexte pour terminer la série. A quoi s’attendre ? Va-t-on arriver dans une phase où la série va se regarder elle-même et proposer une histoire aux accents méta ? Déjà le 9×18 proposait un regard amer sur le parcours de la série et le spectateur ne sera pas surpris, mais déçu,  si on ressort une sorte de best-of pendant le final… La série va se terminer et elle contemple le chemin parcouru avec nostalgie, comme nous.

9 saisons (quasi 8, la première ne faisant que quelques 6 épisodes) de bons délires mais qu’on a eu envie de voir cesser. Le spectateur a le droit de faire comprendre que la série n’a plus le même visage, ni la même énergie. Andy est le personnage qui était assez bancal en début de série et qui est devenu un clown triste, lourd, loin de la subtilité et du côté enfantin de Michael Scott. Oui la saison 9 a une qualité croissante mais elle est loin, très loin, du niveau d’avant. Ce remake d’une série anglaise avait trouvé son identité, son rythme mais s’est perdu en croyant un peu trop à son concept. Il va falloir être fort pour juger convenablement le final qui conclura une aventure humaine formidable. Les personnages ont évolué devant nos yeux et comme Jim et Pam, notre amour pour la série a évolué, comme Jim et Pam, nous sommes arrivés à des sacrifices, des choix et une routine qu’il va falloir combattre. Le sort du couple va-t-il sceller le sort du spectateur ?

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Difficile de conclure une série sans conclure la vie des personnages, de marquer une étape et les scénaristes l’ont compris. Pour eux, la fin du documentaire signifie la fin de la vie palpitante des employés d’une boite de papiers… Triste à dire. Il y a un détachement morose comme si les personnages ne vivaient que pour les caméras. De ce point de vue, c’est assez réussi, c’est certain. Dire au-revoir à une série c’est dur mais voir qu’elle fête ses dix ans et qu’elle fonctionne toujours, qu’elle ne vieillit pas, qu’elle garde intact ses émotions et ses humeurs, c’est peut-être la plus belle récompense pour un fan.