Après la mini-tragédie de la semaine dernière, les esprits se calment, à un épisode de la fin… ou pas

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Dans l’épisode précédent, donc, petit choc, avec la mort de Aiden, le fils de Deanna, abandonné par Glenn, Noah et Nicholas du fait de la lâcheté de ce dernier. Il n’est pas en reste puisqu’il provoque un piège : enfermés dans une porte à battants, Nicholas, Noah et Glenn sont dans une situation critique, le premier force le passage, laissant le second vulnérable aux zombies, et se fait déchiqueter sous le regard du troisième horrifié. Parallèlement, Abraham prenait le contrôle du chantier de construction après là aussi une défaillance humaine, tandis que Carol enjoint Rick à tuer Pete, le mari de Jessie, puisqu’il la bat.

Cette semaine, tout le monde est tendu : Deanna en veut au groupe de Rick pour la mort de son fils, Rick veut la jouer héros défenseur des droits de la femme pour Jessie en se doublant toutefois d’un pseudo-despotisme éclairé, et Sasha pète un câble et zigouille tous les zombies se présentant sous son fusil…

©AMC

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Cette semaine, on ne mettra pas la moyenne à l’épisode pour sa faculté à nous emmerder pendant 20 minutes puis à nous intéresser pendant 20 autres, mais parce que la qualité qui en ressort est très inégale, et nous laisse donc sur une impression mitigée. Au vu du contexte crée par le précédent épisode, il était évident que cette semaine allait être une semaine de transition, rampe de lancement vers un dernier épisode de 90 minutes. Et paradoxalement, la série réussit et ne réussit pas à concrétiser cette mise en place finale. Si elle prend le bon chemin en misant sur une étude de l’échauffement des esprits, et plus précisément la tension intrinsèque et extrinsèque dans une société autarcique tentant de survivre, la série ne va, comme d’habitude, pas au bout de sa logique : on s’arrête à des poncifs, des considérations vaines du genre « C’est comme ca, deal with it ».

L’exemple le plus criant est celui de Sasha : son traumatisme mental depuis l’épisode de l’hôpital, aggravé par la mort de Tyreese, ne cesse d’empirer, et elle va tuer de plus en plus de zombies. Le pitch pourrait vraiment rappeler, toutes proportions gardées bien sûr, The Deer Hunter, dans lequel Christopher Walken se perdait dans la roulette russe avec Bob DeNiro venant à son secours, si la série n’annihilait pas totalement cela, d’une part par le jeu d’acteur très mauvais de Sonequa Martin-Green (une voix de fillette surfaite et des yeux de merlans frits), et d’autre part par le discours : « (à Michonne) toi, tu ne peux pas m’aider ». Et Michonne (après un flashback incompréhensible) de finalement tuer des zombies aussi, lui rétorquant « ce n’est pas pour toi que je le fais ». Euh… Oui, mais ensuite ? Qu’est-ce qu’on en retient ? On dirait le scénario d’un mauvais jeu vidéo.

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Pareil pour les histoires d’amour : la série emprunte un chemin bien senti en se servant de cela comme levier pour des discours sur l’harmonie entre humains bien vivants dans un monde ravagé. En témoigne l’amourette suggérée entre Enid et Carl (histoire qu’il serve à quelque chose, dans cette saison) qui si d’un côté ne bascule pas dans le « pour vivre heureux vivons cachés » (encore que), en reste bien trop au stade manichéen de Enid qui apprend un truc à Carl extrêmement évident (« c’est leur territoire » en parlant des zombies dans la forêt) sans donner une chance à Carl de témoigner de son expérience. Le topo est déjà mieux amené avec Rick qui bascule de plus en plus du côté obscur, prenant la vie de Jessie comme prétexte pour étayer sa thèse de « L’homme est un loup pour l’homme », en plus radical (voire fasciste) toutefois puisqu’il semble préférer l’exécution d’un contrevenant plutôt que son exil, désavouant les conceptions plus national-idéalistes de Deanna. Le choix est laissé au spectateur de décider lequel des deux mondes de Rick et Deanna est le plus réel, et lequel est le plus loup dans la bergerie que l’autre. En cela, la série a réussi à soulever une vraie question. Dommage toutefois qu’avec la fin, justifiée uniquement par la préférence de garder tout cela pour l’épisode final, on en reste au stade des considérations, avec, à l’image de ce que la série nous sert depuis le début : un cliffhanger frustrant. Enfin, un dernier mot sur l’intrigue Daryl/Aaron, semblant promettre un autre mystère, toutefois sans grand intérêt puisque l’on n’a aucune information. A croire que les 90 minutes de l’épisode final sont faites pour du remplissage de à la fois ce que la série veut dire, et ce qu’elle aurait voulu dire…

Un épisode pas dénué d’intérêt, mais qui comme souvent dans The Walking Dead perd en appréciation, dans la mesure où la série s’arrête juste au moment où le propos promet d’être intéressant, rompant constamment l’équilibre entre questionnement du spectateur et stratégie commerciale de maintien d’audience. Rendez-vous la semaine prochaine pour l’épisode final !