Netflix a officiellement lancé la troisième saison de son show phare. Et c’est toujours avec plus de délectation que nous retrouvons Kevin Spacey et Robin Wright dans les rôles principaux

ATTENTION : DES SPOILERS VONT APPARAÎTRE, QUE CE SOIT DE LA PREMIÈRE OU DE LA SECONDE SAISON. IL EST VIVEMENT CONSEILLÉ D’AVOIR UNE CONNAISSANCE COMPLÈTE  DE LA SÉRIE. LA LECTURE DE CET ARTICLE SE FAIT A VOS RISQUES ET PÉRILS.

A la fin de la saison 2, Francis J Underwood avait réussi : il s’est finalement vengé de Garrett Walker, qui ne l’avait pas nommé ministre des Affaires Etrangères comme il l’avait souhaité. Petit à petit, deux saisons durant, Frank a franchi les échelons jusqu’à arriver au poste suprême de Président des Etats-Unis, après la démission de Walker.

La saison 3 reprend 6 mois plus tard. Frank est un président contesté : les sondages lui sont défavorables, le chômage concerne 10 millions de personnes, et la situation au Moyen-Orient est explosive. S’ajoutent à cela de futures négociations compliquées avec la Russie, mais aussi les pressions de sa femme qui veut sortir de l’ombre. Avec un Congrès républicain qui lui lie les mains, Francis est dans une impasse, et sa réélection en 2016 est compromise. Parallèlement à cela, Douglas Stamper, son ancien chef de cabinet et loyal serviteur, se remet de son « accident » (en fait, c’est Rachel qui lui avait fracassé la tête à coups de brique). Le processus est d’autant plus long que la frustration d’être immobile déprime Douglas qui veut vite se remettre au travail.

©Netflix

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Un an après, House of Cards est de retour ! Netflix a joué sur cette attente des mois durant, lâchant des mini-teasers sur la fin. L’attente était à son comble, et on ne peut pas dire qu’on a été décus, d’autant plus qu’il n’y aura pas à attendre : les 13 épisodes sont déjà disponibles sur la plateforme de streaming légale. Nous retrouvons donc une équipe néo-présidentielle en pleine forme, Kevin Spacey et Robin Wright les premiers. Ce premier épisode semble d’ailleurs annoncer tout de go, comme en réponse au scepticisme ambiant concernant l’essoufflement possible de la série, que House of Cards restera comme elle est, plus impitoyable que jamais : la première scène montre en effet un Frank Underwood se rendant sur la tombe de son père, chose incroyable pour un président et de surcroît Underwood. Mais ce serait mal connaître le personnage : il pisse sur la tombe de son père tout en annonçant que lorsqu’il mourra, les gens feront la queue pour se recueillir sur la sienne. Frank Underwood va encore écraser quelques parterres de fleurs sur son chemin

Il restait de toute façon trop de choses à dire à la fin de la saison 2 : certes Francis avait atteint son but, mais quid de sa femme Claire, qui n’avait pas encore joué un rôle prépondérant ? Quid de Doug, laissé en plan dans une forêt ? Quid de Francis, lui-même, et de sa politique maintenant qu’il est au sommet ? Ses magouilles allaient-elles être révélées, dans un pays où tout finit quoi qu’il arrive par se savoir ? Il y avait encore de quoi faire une saison 3. C’est sur un de ces aspects que ce premier épisode fonctionne : près de la moitié est concentrée dans le combat de Doug contre la douleur et l’immobilisme, lui l’homme à tout faire et aux yeux multiples sur tout Washington, essaie de faire face à la réalité des choses, à savoir son propre corps, qui ne peut pas repartir de plus belle après un tel accident qui lui a demandé rééducation, médicaments, et gestion de soi.

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Si l’épisode peut apparaître, comme il pourrait se dire aux Etats-Unis, très « Doug-stampered », la série prenant du temps pour poser les choses, on se dit toutefois, hormis le fait qu’on puisse admirer les capacités tragiques de Michael Kelly, que House of Cards a une idée précise. En effet, à travers Doug, l’électron libre, semble se profiler un fil rouge majeur de cette saison : l’adversité. Une fois au pouvoir, une fois en place, encore faut-il y rester, encore faut-il gérer la situation, encore faut-il trouver des solutions. Alors que tout avait semblé si facile à Frank 2 saisons durant, le contexte a changé : maintenant, c’est lui qui doit faire face aux pressions, celles du Congrès, celles du peuple américain, et même celles de sa femme. Si il peut, pour le moment, compter sur Remy Danton, il sait que ce n’est que temporaire, et que Remy, qui n’a pas hésité à lui mettre des bâtons dans les roues auparavant, n’est pas Doug, son plus loyal serviteur. Mais pour l’instant, Doug n’est pas prêt.

Au vu du premier épisode, il semble que Frank Underwood fasse face à ses propres limites politiques et personnelles, et sa visée manipulatrice le ressent de plein fouet. Beau Willimon et son équipe ont réussi à mettre les Underwood dans la difficulté, et c’est là que va se jouer le pitch : comment ils vont en sortir. On aurait bien une petite idée, liée à la fin de la version british de House of Cards, mais on la garde pour le bilan de saison. En attendant, comme le dit Frank : « il faut que je fasse ce genre de choses (aller sur la tombe de son père), pour me faire paraître plus humain. Un président doit faire ca ». C’est une promesse : on n’a jamais perdu et on ne perdra pas notre Frank, aussi « humain » devra-t-il se montrer.

Toujours sublimement mise en scène, très bien interprétée, House of Cards s’est engagée sur une voie bien plus politique qui ne sera pas pour nous déplaire, surtout aux côtés du politicien le plus féroce de l’histoire de la télévision. Vivement intrigues politiques et apartés face à la caméra comme on les aime. La saison 3 est disponible sur Netflix, dans son intégralité. Enjoy !