Après une première saison de qualité et un remake qui a fait flop dès sa mise en production, Broadchurch était attendu au tournant pour sa seconde saison. Le premier épisode nous avait séduit, qu’en est-il du reste, alors que la saison 3 vient tout juste d’être confirmée ?

ATTENTION : DES SPOILERS VONT APPARAÎTRE, QUE CE SOIT DE LA PREMIÈRE OU DE LA SECONDE SAISON. IL EST VIVEMENT CONSEILLÉ D’AVOIR UNE CONNAISSANCE COMPLÈTE  DE LA SÉRIE. LA LECTURE DE CET ARTICLE SE FAIT A VOS RISQUES ET PÉRILS.  

La saison 1 avait vu comme dénouement l’auto-délation de Joe Miller, le mari de l’inspectrice Ellie Miller, au grand dam de celle-ci, effondrée. Ayant signalé sa présence à Alec Hardy, Joe Miller s’est donc rendu à la police et mis en examen pour meurtre.

La saison 2 reprend, alors qu’Ellie Miller a quitté Broadchurch pour devenir agent de la circulation, que Hardy s’est installé à Broadchurch, et que tout le monde est dans l’attente du procès de Joe. Les Latimer engagent pour cela l’avocate Jocelyn Knight (Charlotte Rampling, vue dans la saison 8 de Dexter et Melancholia, entre autres), réputée pour sa discipline, tandis que Joe s’attache les services de Sharon Bishop (Marianne Jean-Baptiste, vue dans RoboCop 2014), avocate implacable connaissant tous les « loopholes » (failles juridiques) du système. Parallèlement, revenant à Broadchurch pour le procès, Ellie Miller est mise au courant par Alec Hardy que celui-ci protège un témoin du meurtre de Sandbrook (le cas que Hardy a échoué à résoudre avant Broadchurch), Claire Ripley (Eve Myles, vue dans Torchwood), qui pourrait l’aider à enfin achever ce que Hardy appelle « sa pénitence ». Pour cela, il doit d’abord retrouver le mari de celle-ci, Lee Ashworth (James d’Arcy), principal suspect.

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On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher la surprise. La saison 2 de Broadchurch représente clairement une amélioration par rapport à la première saison. On a l’impression que la série évolue plus libérée, une fois son pitch délivré du meurtre de Danny qui polarisait absolument toute l’attention de la première saison, et l’ultime épisode, en roue libre, semblait témoigner, comme mis en abyme, du fardeau que représentait un scénario très « twin peaksien », l’aspect onirique et délirant mis à part. A présent, la saison 2 se base sur deux fils directeurs à la fois, deux fils conducteurs, dont le lien est bien sûr Alec Hardy. Le chiffre 2 est d’ailleurs bien ce qui va définir la saison : un duel tout d’abord, au-delà de l’accusation contre la défense, entre deux conceptions de la justice, celle de Jocelyn, très old-school, incarnant, selon elle, « le noble, le prestige », la profession elle même étant noble ; et celle de Sharon, qui a gardé de la rancoeur pour son ancienne mentor, et pour qui la loi n’est qu’un jeu bancal dont il faut tirer profit. C’est ensuite Joe contre le reste du monde : quel que soit le verdict, il ne sera plus jamais le même, il ne sera plus jamais accepté ; enfin, c’est une dualité de cas, Sandbrook et Broadchurch, qui évoluent au même rythme, au son des coups de marteau de la juge, et ce jusqu’à l’épisode final très fort en intensité et en révélations marquantes, à la manière de Fritz Lang avec M le Maudit 

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Broadchurch avait pour défauts, et cela s’est retrouvé dans Gracepoint, de beaucoup trop s’appesantir sur les réactions, sur la tristesse au village, et tentait de se donner une identité sombre qui ne collait pas avec des personnages habitués aux lumières de la ville et son atmosphère. En 8 épisodes, les secrets auraient tôt fait de tomber face à la hargne de Alec Hardy, élément perturbateur-déclencheur de cette dégradation de l’ambiance. Souffrant du rapprochement évident à faire avec Twin Peaks, son glorieux prédécesseur, Broadchurch tombait facilement dans le mélo et les ralentis lourds et patauds servis par des musiques plus mornes tu meurs, si bien que rétrospectivement, et en se basant sur le dîner que va faire Hardy chez les Miller, on pouvait se douter de la culpabilité de Joe. Broadchurch aurait dû, il nous semble, se concentrer plus psychologiquement sur ses personnages et sur la dégradation des relations entre les villageois, plutôt que de rester caméra neutre, laissant à Hardy tout le sale boulot de devoir assiéger leurs fortifications intérieures

Défauts qui sont en majorité réglés dans la saison 2 (excepté une légère amourette entre deux personnages beaucoup trop OVNI et pas du tout inscrite dans l’intrigue. Peut-être juste pour rendre le personnage en question plus aimable ?) En effet, à travers le personnage d’Ellie Miller se symbolise toute la dualité évoquée plus haut : devant rester digne tout en acceptant ce qui arrive, devant gérer le cas de Joe et l’animosité que Beth et son propre fils Tom lui portent tout en se servant du cas de Sandbrook comme exutoire, elle est LE personnage qui représente tout ce que Broadchurch a été, est, et sera à l’avenir : quelque part où il faisait bon vivre, dont l’air est maintenant vicié, mais qu’il faut dégager afin que la vie continue et que le plus d’injustices soient réparées. L’interaction entre Miller et Hardy, portée par les deux brillants acteurs David Tennant et Olivia Colman permet une évolution de ces personnages en même temps que dans les affaires qui les ont tous deux marqués au fer rouge. Le fait d’établir Hardy à Broadchurch pour piloter de nouveau le cas Sandbrook nous permet d’entrer un peu plus dans l’intimité du personnage, son caractère grognon, et ainsi de s’attacher à ce gros nounours qu’on ne peut pas détester. Son duel avec le couple Lee (excellent James d’Arcy) – Claire (Eve Myles sur courant alternatif) reste l’un des artisans moteurs du succès de la saison

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La série a par ailleurs choisi d’un peu plus grossir le trait de ses personnages secondaires, tels Beth, Mark, ou encore Paul (qui sort avec Becca Fisher, ce qui en fait le prêtre le plus successful de l’univers). C’est précisément là, et ce notamment grâce à l’apport de personnages tels que Sharon ou Jocelyn, qui rythment aussi bien le procès que la saison elle-même, que Broadchurch a corrigé ses défauts. La série, très justement, ne marginalise pas le révérend comme un profond serviteur de l’Eglise à l’esprit buté, pour en faire un esprit libre, d’abord pro-rédemption pour basculer dans le pragmatisme. Quant au couple Beth et Mark, ils cachent bien plus de secrets subtils que celui de la saison 1 (l’adultère de Mark), et si les violons sont encore de sortie, ils se sont mis en retrait par rapport à une froideur, un réalisme et une implacabilité qui nous ont fait un peu plus apprécier les acteurs Jodie Whitaker et Andrew Buchan. Cette évolution des mentalités, qui guide comme tourmente les personnages traumatisés par ce qui se passe dans leur bourgade auparavant tranquille, est l’une des réussites de cette saison 2, et a contribué à faire de la série un rendez-vous agréable.

Espérons que la saison 3, annoncée dès la fin de l’épisode final, ne soit pas celle de trop. Le final de cette seconde saison annonce en effet tout sauf une suite… Wait and see.