Jamais sorti sur nos écrans mais disponible en import, Rudderless évoque musicalement le deuil d’un père et sa manière d’y faire face.

Remarqué au festival de Sundance l’an dernier, le premier long-métrage de William H. Macy met en scène Billy Crudup qui interprète Sam, un commercial à qui tout semble réussir jusqu’au jour de la mort de son fils dans une fusillade à son université. Abandonnant tout, il se retire sur son bateau avec ses bouteilles d’alcool. Il découvre alors le penchant de son fils pour la musique, notamment avec des textes qui vont chambouler sa vie.

Sam est père, mais il est resté un grand enfant. Séparé de sa femme (Felicity Huffman, tiens), il tente de rester complice avec son fils (Miles Heizer de Parenthood qui n’apparait que pendant quelques minutes mais qui est touchant), même si comme tout enfant, ce dernier ne lui dit pas tout. C’est lors de sa mort tragique que Sam va comprendre à quel point il connaissait mal son fils en réalité et va partir « à la dérive ». En tombant sur ses démos musicales, Sam va jouer l’un de ses textes dans un bar et ainsi faire la connaissance de Quentin (Anton Yelchin), jeune musicien avec un fort potentiel mais peu confiant en son talent. L’amitié qui va les lier est fondée sur leur passion commune, mais aussi par une souffrance commune. Sam veut retrouver une certaine sérénité, et Quentin veut être reconnu. Yelchin et Crudup sont de bons acteurs, ils ont cette particularité des acteurs de films indépendants un peu blasés mais qui restent sensibles. Leurs personnages sont écrits en sorte qu’ils leurs collent à la peau, et ils s’en sortent pas mal comme chanteurs. Quentin ne remplace pas Josh, et c’est ce que j’apprécie. La présence de l’un dans la vie de l’autre va créer un impact improbable. C’est l’évolution du chagrin d’un père qu’on suit, pas celle d’un adolescent qui se cherche, même s’il y a des ressemblances.

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Mais il ne faut pas se leurrer, ce sont les textes de ces chansons par Simon Steadman et Charlton Pettus qui transcendent le film. Des choses de la vie quotidienne, des émotions qu’un post-adolescent un peu perdu dans la vie essaye de transcrire sur du papier, les mots sont justes. Le voyage de Sam vers la maturité et l’acceptation est une bataille intérieure qui n’est pas insurmontable.

Regarder ce film est des plus agréables, l’histoire se dévoile au fur et à mesure à son rythme, les personnages se développent, on ne s’ennuie pas un instant, on écoute, on pleure, on rit. A cela s’ajoutent des personnages secondaires (Laurence Fishburne, Selena Gomez) qui soutiennent extrêmement bien les principaux, Rudderless remplit son rôle. Acteur accompli, Macy devait encore prouver ses galons de réalisateur et honnêtement, il s’en sort très bien. Ce n’est pas le film du siècle, mais avec la musique, le drame sans être trop mélo, l’humour et le casting confirmé, son premier long-métrage vaut le coup d’œil.

(P.S. : En plus, il y a un petit twist auquel on s’attend pas du tout. Et ça fait pleurer.)