Un épisode très humoristique cette semaine. Et quoi de mieux pour le souligner que de faire entrer dans la danse un vieil ennemi ?

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Dans l’épisode précédant, nous découvrions Fish Mooney détenue dans ce qui s’apparente en fait à un camp de concentration où les prisonniers sont donneurs d’organes malgré eux. Elle réussit bien vite, cependant à se faire accepter comme chef. Autre part, Jim Gordon se retrouve, légèrement mal à l’aise, à bosser avec sa conquête Lee Thompkins, médecin légiste. En parallèle, il résout l’énigme du Dr Crane, qu’il doit abattre au cours d’un affrontement, laissant le fils Jonathan traumatisé. Enfin, Falcone et Maroni s’arrangent sur le sort du Pingouin, qui n’a plus de couverture. Falcone offre quelques garanties à Maroni en échange de la vie de Cobblepot, mais Maroni est bien déterminé à éliminer celui-ci une fois Falcone mort…

A présent, Cobblepot est à la tête du club précédemment géré par Fish Mooney, mais l’ambiance n’est pas au rendez-vous. Gordon continue de bâtir avec Lee, mais leur rencard au cirque tourne au vinaigre quand ils découvrent qu’un meurtre a été commis, ce qui les amène à s’interroger sur leur propension à bosser ensemble, Jim ne voulant pas trop mêler Lee à ses cas. Barbara Gordon fait son retour.

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Gotham est décidément pleine de surprises, au sens propre de la série comme au sens figuré de l’univers. Ecrit par Bruno Heller, le showrunner, et ayant bénéficié d’une presse plus forte que d’habitude par une possible apparition d’un potentiel Joker (jeune), cet épisode était attendu au tournant. Et Gotham, Heller en tête (il a dit qu’il « effleurerait la surface » des origines du Joker), a donc joué gros sur cet épisode. D’abord parce que donner des origines au Joker, bien que possible et légitime dans la mesure où le personnage en a plusieurs toutes aussi incertaines les unes que les autres (films et comics), est quelque chose d’extrêmement téméraire considérant le personnage et sa réputation. D’autre part parce que le risque était également de tomber dans une caricature consistant à mélanger références maladroites et scénario policier bancal jouant les utilités. Or Heller, intelligemment, réussit le tour de force de servir les intérêts de sa série et des fans, effleurant en effet la surface pour mieux laisser songeur les spectateurs, enrobant le tout d’un humour dévastateur, et surtout amorcant une dernière ligne droite composée des 6 derniers épisodes qui, au regard de ce qui est annoncé cette semaine, promettent un dénouement pour le moins spectaculaire.

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Si en effet on a droit à des références aux comics grosses comme des maisons, celles-ci sont totalement assumées : ainsi, le spectacle de cirque est celui de la troupe des Grayson, dont le jeune aîné Dick deviendra Robin puis Nightwing. Mais ici, le nom de Grayson n’est utilisé que pour servir une histoire qui ressemble à l’aventure de Lucky Luke intitulée Les Rivaux de Painful Gulch, où deux familles s’opposent pour une raison ancestrale complètement grotesque. Grotesque lui-même totalement assumé dans la mesure où, en vrac, Jim trouve le corps de la victime grâce à un serpent, et Lee, médecin de son état, admet sans problèmes une énigme posée par un voyant de cirque qui dit avoir parlé avec la victime dans l’au-delà. Heller pousse le vice encore plus loin en choisissant un acteur (Cameron Monaghan, connu pour son rôle dans Shameless) au visage rappelant étrangement Jack Nicholson dans le premier Batman de Tim Burton. Pour un fan des comics, le rapprochement est implicitement fait sur la nature de Jerome, et le fait qu’on en sache pas plus est une vraie preuve d’habileté : Heller (qui a déclaré que le personnage prendrait de l’importance par la suite) donne tous les indices comme quoi Jerome = Joker, mais n’y donne pas la réponse (du style : une carte à jouer Joker) et laisse malignement le spectateur avec sa propre considération, se servant ainsi de son avidité pour mieux le frustrer

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C’est d’ailleurs un épisode tout en petites touches et en avancées significatives et symboliques : cette fois-ci, le Pingouin n’a droit qu’à deux scènes, mais quelles scènes ! On vous laisse voir, ce serait spoiler. Par ailleurs, la série se tire de l’épineux cas de « je développe une romance dans une série de superhéros » avec les honneurs, sans trop tomber dans l’américanisme agaçant. Ainsi, on assume notre affection pour le couple Lee-Jim, totalement utilisé dans cet épisode pour faire avancer l’intrigue, au milieu de situations toutes aussi comiques les unes que les autres. Et cela nous permet de voir les multiples cordes à l’arc actanciel de Ben McKenzie. Mais à trop vouloir faire par petites touches, on n’en avance pas pour autant. Ainsi, l’arc Fish Mooney va encore devoir attendre une semaine pour avancer véritablement. Si s’attarder sur sa personnalité magnétique est louable, il serait temps de donner un vrai coup d’accélérateur à une intrigue qui s’éternise depuis la reprise de la série. L’épisode voit aussi le retour des agaçantes Selina Kyle et Barbara Gordon qui se retrouvent face à face dans l’appartement de cette dernière. Là aussi on vous laisse voir, mais, as usual, c’est quasiment sans intérêt… sauf pour la tête de Barbara à un moment de l’épisode. Enfin, à noter la première percée symbolique de Bruce Wayne, qui risque enfin de connaître des péripéties après s’être confronté au directoire de Wayne Inc. Et il était temps, parce que les minauderies et autres randonnées, on s’en fout.

Un très bon épisode, donc, qui a le mérite de savoir jouer avec les codes.