Annoncée depuis la fin de Breaking Bad en 2013, Better Call Saul faisait incontestablement partie des nouveautés les plus attendues de ce début d’année. Encore fallait-il marquer l’essai et se démarquer de l’emballement médiatique provoquée par la série-mère.

La vie de sériephile est faite de rencontres et, comme dans le monde réel, avoir été présentés par un ami commun peut faciliter l’entrée en matière. Le risque n’est pas nul de se retrouver très déçu, et par le nouveau venu, et par l’ami qui a cru bon de nous mettre en contact, mais, si le courant passe, la confiance n’en sera que renforcée de part et d’autre.

Mon introduction dans l’univers de Better Call Saul est sans conteste à comparer à ce dernier cas de figure. Faisant le lien, tout en instillant d’ors et déjà un ton plus léger, le prologue nous représente l’avocat de Walter White, défait, sur ses gardes, en employé vieillissant d’une pâtisserie de centre commercial. Visiblement nostalgique d’un temps qu’il a dû déserter, il ressort une vieille cassette vidéo soigneusement cachée et l’introduit dans le magnétoscope. Sa publicité, plus ridicule que jamais sur cette tonalité nostalgique apparaît.

Better Call Saul AMC Netflix

©AMC

L’image, jusqu’ici en noir et blanc, prend enfin de la couleur. Pourtant, c’est bien un retour une dizaine d’années en arrière qui nous est proposé ici. On y retrouve un Saul qui ne s’appelle pas encore Saul mais qui a déjà une propension naturelle au ridicule, autant qu’à l’arnaque. Très vite, il apparait évident que, si cette époque semble moins dépressive, elle est loin d’être facile pour notre héros dont la gêne financière n’a d’égal que la perspective si proche, et pourtant inaccessible, d’un pactole substantiel.

La parenté avec Walt, son grand frère tragique, est manifeste dans la frustration de passer à côté d’une fortune que d’anciens collègues auraient capitalisée. Ce n’est d’ailleurs pas la seule similitude dont nous gratifie ce pilote puisque deux autres personnages de Breaking Bad s’invitent dans l’intrigue, sans que l’on sache exactement encore quel rôle ils auront à y jouer. Par ailleurs, les décors de banlieue arides et le focus sur un détail abîmé ou incongru d’une scène nous permettent, presque imperceptiblement, de sentir une patte familière.

Pourtant, la rupture de ton est assez manifeste. J’ai beaucoup ri devant ce premier épisode, dont le personnage principal et ses déboires, autant que certaines idées de mise en scène, sont clairement mis au service d’une farce, tragique sans doute mais une farce malgré tout. Rien ne peut totalement être pris au sérieux lorsque Saul Goodman, ou plutôt Jimmy McGill, est de la partie et c’est probablement ce qui le rendra au final touchant, désarmant même peut-être : la conscience de n’être qu’un clown dans le grand cirque du monde.

Better Call Saul AMC Netflix

©AMC

Si ne devais retenir qu’une image en tête de ces premières 53 minutes de pur délice, je garderais celle d’un Saul qui, venant de défoncer une poubelle, manifestement pour la Nième fois, s’adosse au mur de dehors, traversé par un trait de lumière, et prend la cigarette de la bouche d’une femme qui s’y trouvait déjà, tire une bouffée avant de la lui replacer entre les lèvres. Drôle et poétique à la fois, cette scène m’a donné le frisson rare que seules une ou deux séries par an réussissent à me procurer. Le fait que Fargo ait été la précédente n’est probablement pas un hasard car la proximité de ton entre les deux dépasse de loin la seule présence de Bob Odenkirk au générique.

Si Saul Goodman n’avait jamais jusque là provoqué un intérêt particulier pour moi, nul doute que l’erreur est à présent réparée et la perspective de nombreuses, je l’espère, heures passées en sa compagnie m’apparaît plus exitante que jamais. Je conclurai donc ces premières impressions pour vous permettre de vous rendre compte par vous-même du potentiel de Better Call Saul, dont l’intrigue n’a encore fait qu’effleurer la surface, et me plonger moi-même goulûment sur le deuxième épisode de ma nouvelle gourmandise.