L’affaire Clearstream et ses multiples volets sont au cœur d’un nouveau thriller avec Gilles Lellouche reprenant le rôle de Denis Robert. Malgré tous les ambitieux moyens donnés pour reconstituer l’affaire, « L’Enquête » implose-t-elle sous son propre poids ?

Attention poids lourd, semble prévenir la séquence inaugurale de « L’Enquête », qui voit Denis Robert (un Gilles Lellouche accablé) s’écrouler sous nos yeux. Moins sous l’impuissance d’assumer les conséquences de ses propres découvertes que de protéger soi-même face au scepticisme et à l’indifférence de l’opinion publique.

« L’Enquête » traverse une bonne dizaine d’années, durant lesquelles Robert met à nu un système d’opacité financière via des transactions « disparues » dans plusieurs établissements bancaires du Luxembourg. Il remonte à une société, Clearstream, dont il pointe du doigt les manquements et la prend comme antichambre du système. Les sales arrières-cuisines des partis politiques et de la haute finance : sujet explosif. Trop, peut-être.

Dès ses premières minutes, Vincent Garenq ne perd pas de temps à évacuer l’introduction du journaliste d’investigation volontiers rebelle et nous emmener en plein cœur de l’affaire des frégates de Taïwan et des contrats d’armement louches qui coûtent la vie à quelqu’un qui s’étonne de la surfacturation alors que la junte militaire visite un chantier français. Les 2 heures suivantes donnent un grand E à l’Enquête, restant extrêmement factuelle, perpétuellement sur le mouvement comme son enquêteur au volant de sa décapotable. C’est la volonté d’authenticité de Garenq qui élève le film : de l’utilisation des logos bancaires aux décors en passant par l’apparition de l’antique navigateur Netscape pour les recherches de Robert, tout est aussi minutieux que son sujet.

Mais le bât blesse du côté de l’enquêteur. Lellouche en Robert a un esprit vif, une curiosité et un certain emballement, mais son absence qui le mène à devoir être assigné en justice pendant l’anniversaire d’une de ses filles ou encore oublier l’une d’entre elles sur le parking du supermarché le font rejoindre les lieux communs du personnage enseveli par son travail. Moins bourru qu’un Russell Crowe dans « State of Play », moins obsessionnel que le Gyllenhaal de « Zodiac », Denis Robert le personnage a du mal à exister par lui-même. Ses répits personnels ne sont que des pauses pour le spectateur qui se retrouve à vouloir comprendre plus de l’Histoire avec un grand H et moins son histoire.

Ni empreint d’un académisme lourd, ni d’un style documentaire qui rapprocherait le contenu d’un téléfilm général, « L’Enquête » et ses scénaristes accumulent les personnages mais ne laissent jamais vraiment le spectateur de côté. Pourtant, la deuxième partie du film souffre des mêmes tares que le rebondissement impliquant Imad Lahoud. Ses listings sont des écrans de fumée, piège dans lequel tombent Robert, ses informateurs et le juge Van Ruymbeke, ce dernier présenté sous un jour austère mais sympathique. Le volet EADS réduit le champ du film, et les protagonistes deviennent des ombres chinoises, aux motivations aussi floues que leurs interprètes sont peu charismatiques – ce qu’on réalise une fois que Villepin pointe le bout de son nez. Alors que l’actualité mise en scène se fait plus récente, Denis Robert le personnage s’essoufle, veut passer à autre chose, et on sent que son réalisateur aussi. Alors que les révélations du « Monde » sur les fraudes fiscales liées aux comptes de HSBC se font jour, « L’Enquête » n’est pas un film fonctionnant sur tous les tableaux. Si l’authenticité de la reconstitution est son meilleur atout, et que le rythme ne l’emporte jamais sur une clarté narrative, en tant que thriller et fiction il ne reste qu’à la lisière de la personnalité de son enquêteur principal. Si la vie de famille de Robert est un post-it, le film pèche en le traitant comme telle, et en sous-développant la relation de son enquêteur avec sa femme. On attend un moment de vérité pour le personnage qui ne vient jamais. Juste des révélations, procès et verdicts.