Quatrième long métrage du réalisateur irlandais Lenny Abrahamson après What Richard Did en 2012 et Garage en 2007, Frank est un film original et décalé qui pose la question de la recherche d’une certaine identité et de l’image que chacun offre au monde.

Jeune musicien rêvant d’être une rock star, Jon (Domhnall Gleeson) croise le chemin d’un groupe de pop avant-gardiste, The Soronprfbs, à la recherche d’un nouveau clavier. Il devient vite le protégé de Frank (Michael Fassbender), leur leader, aussi fascinant que mystérieux : ce génie musical vit dissimulé en permanence sous une grande tête en papier mâché. Entre phases de doute et éclats de créativité, rapports fusionnels et crises de confiance, l’enregistrement du premier album du groupe et les concerts les conduiront dans une véritable aventure humaine de l’Irlande jusqu’au Texas.

L’histoire s’inspire en grande partie de la vie du musicien Chris Sievey a.k.a. Frank Sidebottom et de Jon Ronson qui faisait parti de son groupe pendant un certain temps. Le film adopte le point de vue de ce dernier en suivant son parcours. Il a d’ailleurs participé à l’écriture du scénario. L’un des aspects primordiaux ici est le mélange des genres dont le réalisateur se joue : tantôt le spectateur a affaire à une comédie quand soudain l’histoire prend une certaine tournure et il se retrouve devant un conte bien plus sombre. Nous suivons le récit initiatique de Jon donc qui intègre le groupe de Frank pour assurer l’enregistrement de l’album dans un chalet isolé en pleine campagne irlandaise. Chaque étape de cet enregistrement nous est présenté ce qui nous permet de voir ces personnages évoluer aussi bien individuellement que collectivement. Les acteurs sont fascinants, à l’image de leur rôle. Maggie Gyllenhaal est remarquable dans toute son ambiguïté mais la part belle revient au duo Fassbender/Gleeson. Leur relation est bien exploitée et s’intéresse sur cette amitié basée sur la confiance et la curiosité. Une curiosité aussi bien humaine que culturelle de la part de Jon envers son chanteur charismatique. Et le charisme, ce n’est pas ce qui manque à l’acteur Michael Fassbender qui nous offre un jeu de qualité grâce à son personnage si complexe qui nous laisse souvent perplexe. Nous nous identifions alors au personnage de Jon, à notre tour, nous développons une curiosité envers Frank. Pour reprendre les mots de Fassbender lors d’une interview, son personnage au lieu de « se cacher derrière un masque a le courage d’en porter un et de l’assumer ». Il n’est pas dans la tromperie. Finalement, il est probablement la personne la plus entière de tous. En effet, le thème principal du film est comment rester fidèle à soi-même lorsqu’on est artiste. Ce musicien reste fidèle à ses motivations premières, à ses valeurs et surtout à son amour pour la musique, quand Jon, attiré par la célébrité, dérive peu à peu.

Frank

©KMBO

Bien entendu, l’autre atout majeur du long métrage est la musique. Les séquences musicales nous transportent, les interprètes se sont investis considérablement dans chacune des compositions pour nous servir de la crédibilité et de l’originalité. A défaut d’aimer, certains pourront se laisser séduire par ce groupe de marginaux attachants. L’histoire des personnages, aussi singulière soit-elle, se reflète parfaitement dans la BO mais aussi dans la mise-en-scène, entre scènes intimistes et scènes explosives. Une gamme d’émotions très variées nous traverse lorsque ces musiciens ne forment plus qu’un au travers de la musique.

Frank est bien maîtrisé. C’est une bouffée d’air frais qui tient ses promesses. Attendez-vous à un voyage des plus atypiques qui joue subtilement sur l’humour et l’émotion.