Entre film indépendant et d’auteur, le film le plus égocentrique en ce début d’année revient sans doute à Listen Up Philip, qui est la quintessence même du mumblecore.

Tragicomédie jusqu’au bout de la voix-off d’Eric Bogosian, le Philip fait référence à Philip Roth, auteur américain bien cynique (qui a d’ailleurs été publié dans le New Yorker, tiens). Listen Up Philip fait tangiblement penser à son Ghost Writer où un jeune auteur renommé, tout comme Philip de notre film dont le second livre va être publié, va se retrouver chez l’un des auteurs qu’il idolâtre, qu’on retrouve en Ike. On est plongés chez les hipsters de New York en 28 mm, pseudo intellos, symbolisé par un Jason Scwhartzman parfait dans le rôle. Pour son deuxième long-métrage, Alex Ross Perry a choisi de donner vie à des personnages très bavards, qui tentent de combler la solitude de leur vie en critiquant les autres sans gêne. Leur prétention est sans limite, et face à Monsieur et Madame Toulemonde, leur anti-socialisme ne leur apparait pas comme tel. Non, non, c’est une attitude normale, que de se considérer doté d’un intellect supérieur.

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©Potemkine

 

La véritable qualité du film, c’est certainement ce ton acerbe derrière lequel se cachent les personnages. C’est intelligemment écrit, nul doute là-dessus. Mais la narration du film est étrange. Autant le passage où enfin on s’éloigne de l’égocentrisme de Philip et Ike est plus que bienvenu, autant la lumière mise sur Ashley (Elizabeth Moss) sort un peu de nulle part. En tout cas, ça repose du débit impossible des autres personnages. Et dans ce monde fermé de la grande littérature, on s’y perd un peu avant de retrouver la vision certaine de Philip, là où il n’a jamais tort. L’arrogance n’a pas de limite, mais la solitude humaine en a une, semblerait-il.

(P.S. : Quand le personnage de Krysten Ritter est le plus posé, on voit à quel point les autres sont perchés.)