Depuis quelques années, FX aime promouvoir des sitcoms décalées par rapport au reste de la production américaine, qu’elle vienne des networks ou du câble premium. Diffusée depuis 2010, Louie permet à Louis C.K. de développer un personnage à la fois réel et fictionnel, célibataire quarantenaire à New-York et devant gérer sa vie sociale et ses deux filles.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Louis C.K. est sans doute un des humoristes les plus drôles actuellement – même si il s’agit d’un avis hautement personnel, bien entendu – et je vous invite fortement à regarder quelques extraits de ses shows disponibles sur YouTube, voire ses spectacles en entier. Pour vous situer le personnage, et introduire la série, le bonhomme ne se refuse rien, parle de tout sans tabou et n’hésite pas à nous faire réfléchir devant certains de nos comportements en les reprenant sur un ton humoristique certes, mais aussi assez caustique.

Ces quelques lignes ont aussi l’avantage de définir le ton de la série. Louie n’est pas une sitcom que l’on regarde pour se détendre ou pour rire un bon coup, sans arrière-pensée – même si bien sûr, certaines séquences sont plus légères que d’autres, notamment dans la première saison ou la fin de la troisième – comme peut l’être un Big Bang Theory. Le cœur de Louie, c’est le développement de ce personnage, mi-réel, mi-fictionnel, qui se retrouve célibataire, avec deux filles à mi-temps sur les épaules et une vie sociale à recréer. Et qui dit vie sociale, dit vie sentimentale, forcément. Et entre toutes ces histoires, Louis C.K. continue son métier d’humoriste dans un bar à ambiance – dont les scénettes introduisent et finissent les épisodes, voire même le coupe en deux, à la manière de Seinfeld.

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©FX

Sauf que Louie va plus loin, creusant sans cesse les névroses et les préoccupations de son personnages, sans concession. C’est aussi ce qui peut perdre en route quelques spectateurs : la série est entièrement centrée sur Louie, avec son point de vue, ses emmerdes, ses envies… Ca peut donner l’impression d’une série nombriliste, voire carrément narcissique. Et parfois, lors de la saison 1 notamment, on peine à s’attacher pleinement à ce personnage, ne sachant pas vraiment quoi en penser.

Mais je pense qu’il faut aller au-delà de ce constat. Oui, la série s’attache à Louie, mais sans occulter cependant les autres personnages qui gravitent autour de lui : ses filles, son ex, sa famille – les rares fois où on la voit, ses ami(e)s… Et ce sont ces interactions qui font que l’on apprécie de plus en plus Louie au fil du temps. Car le personnage évolue à leurs contacts, petit à petit, devenant plus fragile, plus ambivalent… plus humain au final. Tout en restant drôle quand même, avec ce ton absurde.

Si cela fonctionne, c’est en premier lieu grâce à la mise en scène et à l’écriture de la série. Si la saison 1 se contente de poser les bases, Louie évolue dès la saison 2, mettant en scène des arcs scénaristiques plus élaborés et des situations plus décalées et absurdes. L’apogée de cela se situe dans la saison 4, peu verbeuse et préférant faire passer les émotions – et le rire – via l’image. Quant à l’écriture, elle est peut sembler assez dépressive de prime abord, mais elle est suffisamment riche et espiègle pour éviter à Louie de tomber dans la morosité. Profonde, poussant le spectateur à réfléchir sur les actions de Louie – qui sont par ricochet les siennes – elle permet à Louis C.K. d’aller toujours plus loin dans la peinture de son personnage. Quitte à aller dans une direction plus sauvage et désespérée comme le montre l’arc « Pamela » de la saison 4 – et que j’ai eu du mal à vraiment appréhender pour tout avouer.

https://www.youtube.com/watch?v=OEsvNDZeyJg

Mais même si Louie n’est pas parfaite – loin de là, elle a le mérite d’être toujours intéressante, notamment lors des saisons 3 et 4, où chaque épisode pourrait faire l’objet de réflexions poussées. Et la série sait aussi se sublimer et réserver des moments très beaux – les arcs du Late Show dans la saison 3 et celui de l’ascenseur dans la saison 4 par exemple. Et la série peut compter sur une tripotée de guests pour s’alimenter et multiplier les situations.

Au final, Louie mérite clairement le coup d’œil. Elle est plus proche de la fin que du début, et il serait triste de manquer une des sitcoms les plus intelligentes des années 2000. Louis C.K. le mérite.