La série The Newsroom s’est conclue à l’automne 2014 après 3 saisons diffusées sur HBO. Elle était l’œuvre d’Aaron Sorkin, créateur entre autres de À La Maison Blanche et scénariste de The Social Network. Le pitch : un groupe de journalistes idéalistes tentent de redonner à leur profession ses lettres de noblesse en proposant un journal télévisé imperméable à la dictature des chiffres d’audience et indépendant de toute considération politique. La série aborde rétrospectivement des faits qui ont marqué l’actualité américaine et internationale. Tout un programme.

Après deux saisons construites et enlevées, au rythme de l’actualité américaine et du faux scandale d’une opération militaire qui n’a jamais eu lieu, cette dernière saison de The Newsroom ne manque pas de laisser un goût d’inachevé, un parfum de regret. Six épisodes seulement qui signent la fin de personnages volubiles et névrosés d’une série pourtant prometteuse. Six épisodes qui ne suffisent pas à établir l’arc d’une saison digne de ce nom. Six épisodes qui précipitent une conclusion un peu brouillonne. Pourtant, la dernière note est positive : le journal d’information pensé par Will, Mac et Charlie conserve une chance de survie. Ils ont beau, tels Don Quichotte, être animés d’un projet fou, car leur mission d’information/éducation de l’électorat américain semble vouée à l’échec, Aaron Sorkin fait montre d’optimisme et choisit de croire qu’un tel journal pourrait rester à l’antenne. Malgré les pressions politiques, malgré les baisses d’audience, malgré la perte d’annonceurs. Et pourquoi pas ?

Ne nous leurrons pas. Malgré son apologie de l’objectivité journalistique, il est évident que The Newsroom a en partie servi de plateforme à Sorkin pour exprimer ses propres opinions. Qu’il s’agisse de problématiques politiques, économiques, sociales, le scénariste génial de The Social Network tranche dans le vif. Il aura suscité certaines polémiques, en assimilant par exemple le Tea Party américain aux Talibans, ou en traitant sans détour le viol sur les campus universitaires, sujet épineux s’il en est. L’actualité internationale, elle, est davantage survolée que traitée : l’affaire Strauss-Kahn apparaît rapidement, de même que des violences en Ouganda jamais vraiment nommées. Seul le tsunami au Japon s’avère assez événementiel pour qu’un épisode lui soit consacré. Mais Aaron Sorkin connaît son public, et place avant tout aux États-Unis : la série démarre avec l’explosion sans précédent d’une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique en 2011, relate plus tard l’assassinat d’Oussama Ben Laden par les forces armées américaines, ou encore la campagne présidentielle de 2012. L’occasion pour le spectateur de revisiter ces événements de façon divertissante et – qui sait ? – de mieux les comprendre.

Que l’on adhère ou non aux propos de Sorkin, il faut en tout cas lui reconnaître un fantastique talent de dialoguiste. Ses personnages sont drôles et attachants même quand ils frôlent la caricature. Si l’effervescence qui règne dans la salle de rédaction est inhérente à une profession de journalistes télé qui avancent sous la pression du direct, elle est tout autant le résultat des névroses de personnages qui ne posent aucune frontière entre leur espace de travail et leur vie personnelle. Ces névroses donnent lieu à de longues tirades plus ou moins dramatiques et dialogues en forme de matches de ping-pong. Des échanges infiniment savoureux pour qui est sensible au verbe (anglais). Sorkin maîtrise à la perfection le timing de la comédie, le slapstick et le sarcasme assassin.

 

the newsroom

©HBO

Pourquoi regarder The Newsroom ?

  • Sur le fond, la série a le mérite d’interroger notre rapport aux médias, nouveaux et anciens, et invite le spectateur à une prise de recul vis-à-vis des « informations » qu’il reçoit au 20h, de leur simple pertinence jusqu’à l’angle employé par les journalistes pour servir un propos, en passant par le montage d’images et de sons qui ne restituent jamais pleinement une réalité.
  • Sur la forme, The Newsroom mêle savamment humour et situations comiques au drame, qui par instants atteint des sommets quelque peu grandiloquents, mais porté par une tension dramatique qui n’est jamais dupe d’elle-même et joue de ses codes à l’américaine : musique montante, larme à l’œil des personnages… Sorkin s’amuse. Ses personnages, justement, sont pleins de charme et campés par un casting impeccable. Jeff Daniels est excellent en présentateur télé et ancien procureur au QI trop élevé pour lui permettre de dormir tranquille. Son duo avec la délicieusement British Emily Mortimer ne manque pas de piquant. Sam Waterston, vétéran de la télévision que certains reconnaîtront comme Jack McCoy, le procureur qu’il incarnait dans la série New York : Police Judiciaire, est jubilatoire dans le rôle de Charlie Skinner, patron alcoolique et fantasque de la chaîne. Ceux qui ont aimé Slumdog Millionnaire auront plaisir à retrouver Dev Patel en génie de l’informatique, moqué par ses collègues réactionnaires qui se défient d’Internet et des réseaux sociaux. Moins connus chez nous, les autres acteurs au générique de la série, Alison Pill, David Gallagher Jr, Thomas Sadoski, et Olivia Munn livrent une partition sans faute. À noter également, la présence pétillante de Jane Fonda, businesswoman milliardaire propriétaire de la chaîne, tantôt ennemie de ses journalistes trop déontologiques, tantôt animée du même courage éthique. Chris Messina (The Mindy Project) joue son fils, désespérément pris dans l’ombre immense de sa mère.

 

newsroom

©HBO

Malgré donc une dernière saison en demi-teinte, ambitieuse sans avoir le temps d’aller au bout de son projet, The Newsroom gagne à être connue. En version originale, surtout, afin d’apprécier au mieux le travail d’orfèvre d’un dialoguiste hors-pair. Et pour apprécier le jeu d’acteurs qui compensent par leur énergie et leur verve les failles dans l’architecture d’ensemble et un discours politique parfois plus que sous-jacent. Ce dernier est à prendre avec recul et pincettes (comme le 20h). Avoir le sens de l’humour participe également au voyage. Car « l’humour est la politesse du désespoir » : voilà un aphorisme qui résume assez justement l’état d’esprit de The Newsroom.