Ce soir et jeudi prochain, Arte diffuse « Paris », soit 24 heures dans la vie de Parisiens amenés à se croiser, encore et encore, avec une fugue, un cambriolage, une négociation RATP-Etat…. et des affaires de mœurs. Du haut vol signé du tandem Virginie Brac (scénariste) et Gilles Bannier (réalisateur). Tient-il la route jusqu’au bout?

Paris, c’est tout un symbole. « Paris », la série, prend ce symbole et tisse un canevas d’histoires à partir de là. 24 heures dans la vie de gens qui se connaissent, se côtoient ou sont amenés à le faire. Ange est un voyou en dette avec Sacha (Kool Shen de NTM), et a pour amie Alexia, transgenre qui est la maîtresse du procureur général Lanvin. Pendant ce temps à Matignon, le premier ministre Michel Ardent (François Loriquet) doit faire face à une affaire qui pointe pour corruption et trafic d’influence et également à la grogne de la RATP… et côté privé, à une fugue de son fils Clément (Thomas Doret). Cela n’est que le début des intrigues qui s’amoncellent dans le premier épisode : on compte aussi un jeune couple, Leïla (Sonia Amori), qui attend son premier enfant de Mansour (Rachid Chaib), et la chef de la délégation syndicale CGT de la RATP, qui doit gérer le pétage de plombs de son ex-mari Yvon (Luc-Antone Diquero). Pas facile avec une douzaine de personnages principaux de maintenir l’intérêt. C’est pourtant ce que tentent Virginie Brac (scénariste de « Engrenages » et des « Beaux Mecs » de France 2) et le réalisateur Gilles Bannier, qui a mis en images ses précédents projets.

Le professionnel et le privé s’entrechoquent sans cesse dans « Paris » : un des centres névralgiques de la série est le procureur Lanvin, qui joue sa carrière politique avec un juge taquin qui l’informe des procédures en cours à l’encontre du premier ministre qui l’a nommé… comme de la dissolution de son mariage avec Noémie (Stéphanie Murat), journaliste qui va être effondrée par la découverte de leurs affaires. Leur arc est une bonne représentation des forces et des faiblesse de la série : en se concentrant sur le couple Lanvin, il laisse un peu le développement d’Alexia de côté dans la suite de la série. Dommage, tant la personnalité de son interprète Sarah-Jane Sauvegrain détonne dès le premier épisode, que ce soit avec Lanvin ou avec sa famille, avec qui elle est en froid depuis des années et sa décision de changer de sexe.

L’accumulation des fils rouges dans « Paris » se laisse suivre sans grand encombre, grâce à un travail de montage au long cours (la série a été tournée au printemps 2013 pour un très long travail de post-production). Cela permet même pour l’équipe de jouer avec l’attention du téléspectateur de façon ludique, en voyant une arme – celle de Mansour – changer de main au cours de la série. Mais il est difficile, par exemple, de s’attacher au parcours de Mansour, qui sort des affaires illicites pour trouver un job comme employé de pompes funèbres, lorsque celui-ci passe le plus clair de son temps au second plan. De même, Leïla, tour à tour confidente de Noémie à son corps défendant et en révolte contre une situation irrégulière, n’arrive pas à tenir sur ses deux pieds comme personnage.

L’aspect de saga donné à « Paris », qui tente de dynamiser sans cesse son action très basée sur les conflits, recèle autant de trésors que d’avatars. Les trésors, outre Alexia, c’est l’excellent rôle donné à la chef de cabinet d’Ardent, Magali (Félicité Wouassi). Parfaitement crédible et avisée, elle offre les répliques les plus intéressantes quant aux dilemmes affrontés par Ardent, et vit mal sa mise à l’écart systématique. Elle aide à élever l’aspect politique d’une série qui aurait pu paraître baclée. Côté avatars, on ne peut que pointer du doigt le ridicule et le convenu de l’intrigue touchant aux malfrats, avec un Ange dont l’arc est profondément fade, et un Kool Shen dont les dialogues se résument à discuter prostate avec un patron du club et menacer d’autres personnages à proximité. Des choses qui ne sont pas facilitées par la présence de Jennifer, « copine » de Ange qui souligne le côté glamour toc de cette intrigue peu inspirée.

Des familles se décomposent au cours de « Paris », d’autres se recomposent, et d’autres encore sont appelées à se former. Si les dialogues poussent un peu vers le vulgaire, le temps réel de cette journée (de 5 heures à 5 heures) est plutôt bien maîtrisé, sans qu’on ne se pose trop de questions. Côté musique, la répétition de motifs mélancoliques au piano de Hervé Salters finit par lasser, et dessert une série qui affiche une unité de ton remarquable (pas de place pour l’humour ni pour des tangentes supplémentaires). Si « Paris » est un essai transformé par des comédiens pour la plupart remarquables et pointus dans leurs réactions, forcer les personnages à se confronter pendant 24 heures devient souvent artificiel. Et les rebondissements, surtout dans les derniers épisodes, laissent rêveurs, même si les secrets de chacun sont traités avec une certaine justesse. Le rêve d’une saga romantique a le mérite de dégager une belle ambition, mais mériterait de choisir des arcs plus ténus s’il devait se répéter à l’avenir. Car le pire pour une série chorale, c’est qu’elle se déroule avec des couacs.

Ce soir et jeudi prochain sur Arte, à 20h50.