C’est chez Grasset pour la rentrée de janvier que Colombe Schneck publie Dix-sept ans, sa confession sur le thème de l’avortement (sortie le 7 janvier). Très court, le livre a l’effet d’une gifle. Très bien écrit, dans la subtilité bien plus que dans le pathos, Colombe Schneck raconte qu’à dix-sept ans elle est tombée enceinte et a décidé d’avorter.

Nous sommes en 1984. La jeune Colombe est au lycée et rencontre son premier petit-ami. Elle n’en est pas amoureuse, mais elle l’aime bien. Tous les deux font l’amour pour la première fois. Elle ne s’en cache pas : ses parents lui laissent depuis toujours une grande liberté qui doit la responsabiliser. Et c’est le cas : elle demande à ses parents l’adresse d’un gynécologue. Mais malgré les mises en garde de ce dernier, la jeune fille tombe rapidement enceinte. Garder l’enfant n’est à aucun moment une option pour elle. Elle se prépare alors à l’avortement.

A travers de courtes phrases, Colombe Schneck se confie. Les mots sont choisis avec soin et vont droit au but. Le roman est court, mais extrêmement dense. Alors qu’elle ne l’avait jamais raconté à ses proches, la journaliste et romancière décide de briser le silence et de raconter sa vérité. Cet enfant qu’elle n’a jamais eu mais auquel elle pense tous les jours.

schneck-dix-sept-ansAu-delà du récit de cet avortement, Colombe Schneck nous donne à voir une génération et une certaine couche de la population française. Privilégiée, jamais inquiète, toujours libre, la jeune fille ne semble pas réaliser les risques qu’elle encourt, et ce dans aucun domaine de sa vie. Les risques, Simone Veil les a pris pour la liberté de toutes les femmes devant l’Assemblée quelques années plus tôt. C’est une insouciance insolente, due à ce changement sociétal capital, que Colombe Schneck confesse dans Dix-sept ans.

Je passe mon bac dans un mois. Je suis enceinte. J’ai peur.

Depuis la lecture de Dix-sept ans, j’ai découvert que Colombe Schneck était très attachée au sujet des femmes et de leur « liberté » souvent mal comprise. A noter entre autres son reportage « Femmes sans enfant, femmes suspectes », diffusé à la fin 2014 sur Arte. Alors qu’elle est à présent mère de deux enfants, elle s’attache à faire entendre les voix de ces femmes, qui pour diverses raisons n’ont volontairement pas eu d’enfant.

Dans la lignée de L’Événement d’Annie Ernaux, Dix-sept ans apporte sa pierre à l’édifice de la rare littérature sur le thème de l’avortement.

« Rien n’est jamais acquis pour les femmes.  Si vous ne dites pas que vous avez avorté, vous prenez le risque que ce droit disparaisse. » Annie Ernaux – interview à L’Humanité