Rose Digitale vous propose de redécouvrir les séries qui ont fait les bonnes heures de la télévision. Pour cette première : Deadwood.

deadwood

Série de David Milch, diffusée sur HBO de 2004 à 2006, Deadwood se propose de nous plonger dans la vie d’une ville naissante du Dakota du Sud au 19ème siècle. Bâtie par et pour les chercheurs d’or dans un territoire encore libre de toute autorité politique et judiciaire, elle évolue peu à peu au fil des trois saisons d’un camp de têtes brulées en recherche d’aventure et de bonnes affaires à une communauté diversifiée et organisée. Au centre des activités, le Gem Saloon, dirigé par Al Swearengen, est le théâtre de toutes les magouilles, crimes et arrangements qui façonneront son avenir…

En dehors de Swearengen, de nombreux autres personnages de la série ont véritablement existé, ainsi que certains faits, saurez-vous les retrouver ?

deadwood

©HBO

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Raison 1 : fidèles à l’Histoire ou pas, nombreux sont les personnages de Deadwood qui se révèlent totalement jouissifs : barmans ou prostituées, shérif ou ivrognes, commerçants ou médecin, tous se révèlent faibles et grandioses, touchants et drôles, impitoyables et généreux. Des dialogues extrêmement savoureux et un savant dosage de situations tragiques et comiques permettent d’en apprécier la diversité et la complexité.

Il est des rôles dont on ne sait qui de l’acteur ou du personnage magnifie l’autre. Il ne fait aucun doute que la rencontre magique entre Ian McShane et Al Swearengen en fait partie. Intelligent et sans pitié, charismatique et pourtant tellement humain face à certains coups du sort, frivole aussi comme peut l’être le quotidien du plus grand des hommes, cette figure à elle seule vaudrait déjà le déplacement. Ajoutez un Timothy Olyphant, qui, avant Justified, tentait déjà de faire respecter la loi et l’ordre dans cette zone de non-droit, à coup de révolver bien sûr mais aussi en tirant quelques oreilles, drapé d’une droiture déconcertante ; une Calamity Jane, ivrogne au dernier degré, mais d’une simplicité désarmante ; des prostituées tout à la fois brisées et fortes, tantôt bétail, tantôt grandes dames ; la lente chute d’un prêtre au destin tragique et saisissant ; des crapules de la pire espèce côtoyant la naïveté la plus sincère… Au final, il est à parier que certains d’entre eux peupleront à jamais votre panthéon des figures inoubliables.

Au sortir de cette série, se dégage très clairement la sensation que les créateurs aiment leurs personnages et on ne peut que les aimer à notre tour. Plus encore, malgré un univers très dur, toutes ces figures sympathiques et le regard bienveillant qui nous les présente finissent par former un échantillon assez positif de l’humanité. On en ressort de là plus confiant et plus tolérant envers le genre humain dans sa diversité et ses travers. Ce que j’appellerais une Feel-Good série…

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Raison 2 : Très vite, l’univers que forme cette petite ville vous devient familier et l’envie de vous y replonger se révèle de plus en plus addictive au fur et à mesure que vous l’explorez. L’immersion dans cette époque de bouleversements politiques autant que scientifiques et techniques est d’autant plus efficace que vous vivez les évènements dans un décor et à travers des yeux que vous aimez.

La ville et sa rue principale, ses deux bordels, son hôtel, sa quincaillerie et son écurie, son journal, son école et sa banque, son quartier chinois et la porcherie de Mr Wu, … ces quelques lieux, aisément reconnaissables, permettent véritablement de déambuler dans cet univers sans jamais être perdu ou se sentir baladé. Simple et efficace, ce décor est aussi celui des téléspectateurs qui s’y sentent chez eux, entourés de voisins.

En même temps, rien, ni les personnages ni les changements historiques, n’est asséné, démontré, enseigné. Tout prend sens par, et uniquement par, le rôle qu’il prend dans le développement de l’intrigue. Presse, bicyclette, télégramme, chacune de ces nouvelles arrivées provoque un accueil, des enjeux et des conséquences concrètes. Chaque maladie, chaque blessure est une occasion de découvrir les limites et les compétences du médecin, mais aussi leur impact sur le fragile équilibre du pouvoir. La lente marche qui s’opère vers l’intégration politique de la ville, sous la forme principalement de la tenue d’élections, nous est révélée dans une telle proximité que rien ne nous est épargné de son caractère à la fois corrompu et futile.

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Raison 3 : En plus du plaisir que vous prendrez à suivre cette fiction, elle vous ouvrira des pans de réflexion passionnants sur la différence entre loi et morale, la nature humaine, la place et le destin des individus au sein de l’Histoire, la violence de la collusion entre institutions et libre entreprise, …

La représentation de ce territoire sans loi pose évidemment la question d’un droit naturel. Pourquoi certain meurtres méritent-ils d’être investigués et punis et pas d’autres ? Quel est le code qui régit la vie de cette communauté ? Pourquoi, malgré une omniprésence de la mort, le sentiment d’insécurité semble-t-il presque inexistant ?

En nous plongeant dans les origines de certaines institutions américaines, la série nous interpelle aussi et surtout sur les enjeux que cache une telle entreprise. Où se situe le véritable pouvoir ? Comment le système politique est-il mis au service des intérêts individuels ? Mais aussi combien l’organisation d’une société est tributaire de la présence d’individus de bonnes volonté, combien la rectitude d’un shérif ou la passion d’un médecin font la différence entre une communauté et le chaos.