On pensait Into The Wild comme le film définitif du baroudeur. Il n’en est rien puisque le réalisateur de Dallas Buyers Club, Jean-Marc Vallée, s’attaque à un livre racontant un trek de plusieurs milliers de kilomètres.

Cheryl part sur le pacific Crest Trail pour se dépasser mais surtout surpasser son deuil après la perte de sa mère et sa lente descente aux enfers.

A travers son périple, Cheryl rencontre plusieurs personnes, plusieurs épreuves qui la reconstruisent plus qu’elles ne la détruisent, a contrario de Christopher McCandless, le héros de Into The Wild (2007). Ce qui va faire la grosse différence avec le film de Sean Penn, qu’on est quasi obligé de prendre en objet de comparaison, c’est la compassion que l’on a pour son personnage central.

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©Fox

Si McCandless est un héros tragique, Cheryl Strayed (jouée par Reese Witherspoon) est une héroïne un peu pathétique. Lentement descendue dans l’obscure après la perte de sa mère, elle enchaîne drogues fortes et escapades sexuelles. Elle essaye de se retrouver quand elle accumule une dernière merde : son divorce. Essayons maintenant de ne plus citer le film de Sean Penn en argument et gardant en tête que les films de rando ont leur chance.
Wild pêche par un excès de misérabilisme. Cheryl s’apitoie sur son sort pendant 2 heures sans une once d’empathie (d’elle ou du spectateur). Elle n’a quasiment aucune épreuve ou obstacle qui vont la retarder si ce n’est son propre souvenir.
L’oubli et le souvenir sont les deux thématiques fortes du film. Chaque action renvoie à un élément du passé. Qu’elle lise un livre, qu’elle fredonne une chanson ou qu’elle mange quelque chose, Cheryl se souvient de quelque chose de sa vie passée. A trop en faire une figure maudite, le film passe à côté de son vrai sujet. Il est difficile de se dire que ce trek peut la changer, elle se propose de repousser ses limites mais tous les gens qu’elle croise n’ont aucune mission si ce n’est le plaisir de faire ce trek. Elle ne croisera jamais une personne semblable ou qui pourrait l’aider. Elle se fait justice elle-même et cet excès de personnification nuit à l’ensemble du film. On ne s’ennuie pas mais on se demande si la morale de l’histoire n’est pas ailleurs. Peut-être, je fais fausse route et que chacun des personnages garde sa motivation secrète et que tous ont un jardin secret… Ce manque d’outil de comparaison met le eprsonnage central du film un peu trop en avant.

Reese Witherspoon est plutôt convaincante mais faute d’une histoire prenante, fait quasi le strict minimum. Ce parti-pris de miser sur une narration éclatée où les souvenirs et la solitude se manifestent par des flashbacks courts ou des voix-off est plutôt efficace, Jean-Marc Vallée a rendu le récit un peu plus énergique mais reste limité par son sujet. Moins viscéral que prévu, Wild reste une honnête entreprise mais n’atteint pas la dimension espérée.

La finalité du film est finalement plus dans le dépassement de soi que dans l’acceptation, limite davantage une crise d’égo. Le récit manque d’efficacité pour sortir du film bouleversé. Wild est un film efficace mais qui rate un peu sa note d’intention. En jouant plus sur la sensation que l’action, Wild devient moins touchant que prévu.

Le film sort le 14 janvier 2015 en France.