En 1912, Sir Arthur Conan Doyle, père de Sherlock Holmes, proposait le premier vrai roman dit de « dinosaures », le Monde Perdu, qui inspirera plus tard les premiers King Kong, ainsi que le célèbre Jurassic Park, livre comme film. Aujourd’hui, Rimini Edition propose en France la ressortie HD de la seconde adaptation cinématographique du chef d’oeuvre de Doyle.

Biologiste de renom, le professeur Challenger revient de l’exploration de la Haute Amazonie avec une découverte stupéfiante : des dinosaures y sont encore en vie. Pour tromper les doutes de la communauté scientifique, le taciturne professeur organise une nouvelle expédition sur l’île, composée d’un journaliste et d’un explorateur. Leur arrivée sur l’île sera le début d’étonnantes et de terrifiantes surprises, auxquelles même le professeur n’était pas préparé…

Parlons en premier lieu du film. Seconde adaptation, donc, puisqu’en 1925 Harry O.Hoyt avait déjà présenté sa version du Monde Perdu, encore considérée aujourd’hui, et pour cause, comme un véritable chef d’oeuvre du film de monstres. L’accueil qu’a réservé le public à ce premier film fut tel qu’il a engendré une véritable vague de films de dinosaures et de monstres en tous genres, du King Kong de 1933 à, donc, la nouvelle version du Monde Perdu en 1960, dont nous parlons ici.

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Autant le dire tout de suite : si les effets spéciaux du film de 1925 en font aujourd’hui rire plus d’un (rappelons tout de même que pour l’époque le film faisait office de prouesse technique), ceux du film de 1960, eux, sont plutôt convaincants. En effet, malgré un ou deux monstres un peu mous et d’une drôle de couleur fluo, le film n’a pas à rougir de son grand âge en ce qui concerne l’environnement (de vrais paysages de la nature sauvage faisaient partie des lieux de tournage) et de l’immersion en général, notamment grâce à une bande d’acteurs tout à fait convaincants dans leurs rôles. En effet, si Michael Rennie s’impose dans son rôle d’explorateur et de séducteur, rappelant les meilleurs moments de Sean Connery en James Bond, les autres acteurs sont loin d’être en reste, on retiendra d’ailleurs surtout la superbe performance de Claude Rains dans le rôle du taciturne professeur Challenger.

Très beau plan d'une des attaques des dinosaures @20th Century Fox

Très beau plan d’une des attaques des dinosaures @20th Century Fox

Le film doit aussi, bien sûr, sa qualité immersive à une musique (composée par Paul Sawtell) toujours dans le ton, sans jamais être vraiment envahissante, sachant accompagner avec brio les scènes d’action à proprement parler, autant que les scènes de répit. L‘alternance entre les tons est, d’ailleurs,  l’un des nombreux points forts du film : loin de n’être constitué que de scènes d’action et de successions de gags bon enfant comme pouvait l’être le second volet de Jurassic Park, le film d’Irwin Allen surprend souvent par son ton sombre et grave, ne perd jamais le fil de sa démonstration, proposant plus un survival dans une forêt hostile qu’un véritable film de dinosaures, ces derniers n’étant d’ailleurs pas les seuls monstres, ni les seuls dangers, loin de là, présents sur l’île. Le sentiment d’urgence, de panique, est toujours présent dans le film, malgré les tentatives de certains personnages de détendre l’atmosphère.

Le film surprend également dans son traitement des personnages, loin d’être tous aussi naifs et attachants que l’on pourrait le croire au premier coup d’oeil. Certains porteurs de lourds et sombres secrets font peser la balance face aux personnages linéaires, comme peut l’être le couple central du film. La HD, par ailleurs, pour en revenir au pourquoi de cet article, apporte beaucoup au film en matière de clarté et de précision des images, sans jamais entamer le traditionnel « grain » typique de ce type de film, et si attachant. Il est bon de voir qu’une remasterisation HD est possible sans forcément trahir le film en lui-même.

Pour en venir au DVD en lui-même, il est heureux de constater que les éditions Kimini ont accompli ici un véritable travail d’orfèvre, combinant la beauté du contenant (un menu interactif des plus appréciables), à la générosité du contenu. En effet, loin de ne proposer que le film de 1960 remasterisé, le DVD propose également deux documentaires (un passionnant, proposé par Christophe Champclaux, sur la genèse du Monde Perdu, relatant entres autres les problèmes de production du film, et un second déjà un peu moins intéressant sur la paléontologie), mais surtout, et cela est presque plus important que le film en lui-même, la version originale du Monde Perdu, celle de 1925, réalisée par Harry O.Hoyt. C’est un bonheur de pouvoir comparer les deux films au sein d’un même DVD, animé par les conseils avisés du documentaire de Christophe Champclaux.

Vous l’aurez compris, cette remasterisation du Monde Perdu d’Irwin Allen est à se procurer, pour tout bon fan de films de dinosaures, de monstres, et surtout, en fait, de cinéma en général. Bravo à Rimini Editions pour l’édition gracieusement fournie et techniquement réjouissante.

A.M.D