Grâce à Netflix, il y a des films qui ne sont pas encore (jamais) sortis au cinéma mais qu’on peut voir en exclusivité. Et il ne faut pas s’en priver.

Petit rappel, The Disappearance of Eleanor Rigby est un triptyque de films sortis lors du festival de Toronto en 2013. Sa particularité réside dans sa narration, qui varie de points de vue entre les deux parties du couple à la dérive que le spectateur va suivre. Le « Them » est un recoupement des deux autres, Him et Her. A la base, The Disappearance of Eleanor Rigby durait environ 3h10 et était en fait l’enchaînement de Her et Him, puis la Weinstein Company, distributeur (enfin, surtout Harvey Weinstein quoi), a décidé d’en sortir une version plus adaptée au cinéma, donc plus courte qui dure quand même un peu plus de 2h. Ce qui n’est pas plus mal, au final. Pour ceux qui auraient vu Them, les deux autres versions ne sont que des versions longues du film… et sont un peu redondantes (je n’ai pas tout vu). Au niveau de l’histoire, le postulat est assez simple. Un événement tragique va déchirer un couple petit à petit. Conor, le mari joué par James McAvoy qui y met corps et âme, semble surmonter la situation comme il le peut, mais sa femme, Eleanor jouée par une Jessica Chastain très juste, va s’éloigner de plus en plus…

©TWC

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La première chose que j’aimerais mentionner, c’est le titre du film. Avec un nom pareil, je m’imaginais tellement un film britannique, des plus ambigus, qui tournerait autour de « all the lonely people, where do they all come from? »… C’est effectivement très ambigu, on ne saisit l’ampleur du drame qui se déroule sous nos yeux qu’au fur et à mesure, alors que l’origine réelle n’est expliquée que bien plus tard. Mais il n’y a rien du tout de britannique, sauf peut-être quelques personnages. Le délitement de ce couple est examiné au microscope, des premiers batifolages à la dépression d’Eleanor… Non, l’amour ne nous sauve pas toujours de tout. En fait, l’ensemble est un peu déstabilisant. Il n’y a pas de doute que la douleur d’une mère à la perte de la chair de sa chair est l’une des plus fortes en ce monde, mais il y a un tel détachement dans cette analyse que sa souffrance perd en intensité. Ce n’est pas de la simple réserve. De l’autre côté, la douleur du père, démontre encore une fois combien l’homme et la femme sont différents dans leurs mécanismes émotionnels. C’est pardonnable s’ils ne se comprennent pas l’un l’autre, ça l’est moins quand il n’y a pas d’efforts pour y remédier. Seulement, voilà, à suivre leur éloignement, on se dit que peut-être on est tous seuls.. et c’est carrément déprimant.

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Un film avec lequel on pourrait le rapprocher, ce serait Rabbit Hole, où on assistait également au déchirement d’un couple pour des faits similaires. Et c’est bien ça aussi, le sujet du film n’emballe pas trop. Sauf qu’au lieu d’être dans la tourmente, et de ne filmer que ça, le film réussit à donner une autre dimension. Reste le traitement. Je veux bien reconnaître une maîtrise artistique et une certaine élégance dans la réalisation du film, surtout dans les scènes où on ne voit que la ville, le réalisateur (Ned Benson) a un style intemporel qui est agréable pour les yeux, mais je ne suis pas aussi touchée qu’il le faudrait. Non, mais les personnages secondaires ont beaucoup plus attisé ma curiosité, que ce soit la demi-sœur d’Eleanor (Jess Weixler qui fait vraiment du bon boulot) qui est un peu perdue dans la vie, ou le conflit entre Conor et son père (Ciaran Hinds très bien casté), ben tout ça est plus intéressant que la non-relation du couple. Ce sont les relations avec les proches qui sont les plus authentiques, quand on voit que c’est grâce à leur entourage (les scènes avec Viola Davis, superbes) qu’ils évoluent et qu’ils font face à la vie. D’ailleurs, c’est pour ça que les précisions sur la mort de leur enfant semblent insignifiantes dans tout ça. C’est un film plein de maturité sur des gens qui aimeraient se retrouver… et peut-être qu’il m’en manque un peu pour l’apprécier à sa juste valeur.

(P.S. : remarque inutile du jour, James McAvoy n’est vraiment pas très grand…)