Un piéton renversé accidentellement par un commissaire. A partir de sa volonté de dissimuler le crime, Kim Seong-Hun tisse un film divertissant en diable, ne ménageant ni les effets comiques, ni les idées d’action démentes, ni son duo d’acteurs. La première pépite de 2015, elle est là.

Ko Gun-su, commissaire sud-coréen, vient d’avoir une journée éprouvante et il est en route pour la veillée funèbre en l’honneur de sa mère. C’est alors qu’il renverse un piéton en voulant éviter un chien sur la chaussée. Par pur réflexe crapuleux, il se met en tête de dissimuler le corps, et c’est là que les ennuis commencent. En l’espèce, un maître chanteur qui est bien plus près de lui qu’il imagine.

« Hard Day » n’est ni une comédie policière, ni un film d’action. Certes, l’unité de temps est très resserrée et la loi de Murphy est bien respectée mais Seong-Hun étire ses séquences pour démontrer à quel point la mécanique parfaitement huilée marche (une écriture qui lui a pris six ans). A partir de trois accessoires, son acteur principal Lee Sun-gyun arrive à marier un comique physique à une vraie anxiété en tentant de dissimuler un butin dans la bouche d’aération d’un funérarium. « Hard Day » désacralise les policiers coréens : Gun-su joue de sa fonction pour s’en sortir alors qu’il est en état d’ivresse, et intimide ses autres brigadiers. Comme tout dindon de la farce, il s’énerve beaucoup trop souvent et passe l’ensemble du film à cran. De fait, Seong-hun traite « Hard Day » comme un affrontement entre deux sales gosses, à savoir Gun-su et son maître chanteur. Un accident qui va faire ressortir les instincts les plus adolescents des deux hommes, avec un comportement outrancier et violent à tous égards.

Hard Day – bande-annonce VOSTF from Bodega Films on Vimeo.

« Hard Day » impressionne par sa générosité en plus de son ingéniosité dans les rebondissements : en plus d’une menace à éliminer, Ko Gun-su doit constamment couvrir ses arrières, ce qui provoque une série de bourdes et une peur manifeste de se faire découvrir par la hiérarchie comme le responsable de la disparition du corps. Et l’explosion des règles du policier va engendrer des scènes cocasses, avec un personnage qui se révèle être un dur à cuire, et va emporter une certaine sympathie gauche du public malgré lui. Seong-Hun met autant les nerfs du spectateur en pelote qu’il les détend avec une pirouette, mariant la dextérité du suspense et des scènes d’action toujours plus nerveuses à des gags cartoonesques et des trouvailles visuelles inspirées. Une idée décomplexée du divertissement qui met la honte à beaucoup de films du même acabit, sérieux comme moins sérieux.

Bref, « Hard Day » a une maîtrise absolue de son concept, un vrai bonheur de cinéma qui régale mirettes comme zygomatiques. En ce début d’année, vu le peu de sorties, passer 2 heures en compagnie des mésaventures de Ko Gun-su en vaut la chandelle.