Doctor Who se met en veille, mais comme la série est pleine de bonté, elle nous dépose au pied du sapin un sympathique épisode de Noel, featuring… Santa Claus, bien sur !

Et ne vous fiez pas à la barbe ou à la bedaine de notre héros d’enfance favori ! Il est de notre devoir de vous rappeller que Steven Moffat est toujours aux commandes, et vu ce qu’il nous sert depuis près de 10 ans, on se demande si lui fête Noel comme tout le monde… Toujours est-il que la nuit du 24, le traîneau du Père Noel se crashe sur le toit de chez Clara. Alors qu’elle constate incrédule la situation, et avant qu’elle n’ait le temps d’en savoir plus, le Docteur débarque et l’emmène en TARDIS. Ils se retrouvent dans une base au Pôle Nord, où des créatures nommées Crabes des Rêves offrent de douces visions en échange de notre cerveau…

Doctor Who

©BBC

 

Vous vous souvenez des Anges Pleureurs, ces terreurs qu’il vaut mieux avoir à l’oeil ? Eh bien les Crabes des Rêves, c’est l’inverse, il ne faut ni les regarder, ni y penser. Non contents de vous plonger dans un doux rêve, ces créatures, pour mieux brouiller les pistes, peuvent créer différents niveaux de rêves, des rêves dans le rêve. A cet égard, Steven Moffat ne révolutionne pas une idée, vue notamment dans Inception de Christopher Nolan (la fin de cet épisode fait d’ailleurs penser à la fin de Inception). Toutefois, il a le mérite de parfaitement la transposer à l’univers de science-fiction qu’est Doctor Who, en y ajoutant sa petite pincée mi-oppressante- angoissante mi-creepy comme il a su le faire avec les Anges, justement, ou même le Jagrafess dans la saison 1. A cela, il ajoute un zeste de réflexion philosophique bien placée et bien sentie sur la perception et la connaissance : en effet, selon la théorie empiriste développée par Berkeley, si le monde extérieur n’est pas illusoire, que son existence en tant que phénomène est réelle, il n’a pas de substance, en ce sens qu’il n’existe pas en soi. Berkeley se rapproche en cela de Descartes et de sa théorie du « malin génie », estimant que le monde réel pourrait ne pas exister et ne constituer que des impressions envoyées par quelque esprit trompeur.

Cela nous offre un épisode très ingénieux, dense et riche, haletant, où comme dans le scénario, la profondeur s’établit à plusieurs niveaux. Par sa maîtrise du « plot twist », Steven Moffat, comme toujours, nous déroute de bout en bout, comme les Wachowski dans le temps, avec le premier Matrix (et rien que le premier), ont su le faire dans le temps. Sauf que chez Moffat, au lieu d’avoir Smith, le méchant nihiliste, on a le Père Noël, un agent à la fois perturbateur (sérieux, le Père Noël existe ? Et si oui, que fout-il là ?) et réunificateur, puisque tous les personnages s’y retrouvent pour trouver la clé de l’énigme posée par les Crabes des Rêves. Ce gros nounours volontiers blagueur, taquin, un peu moqueur, c’est un peu Moffat, le type qui te fout ton cerveau en boule, mais qui à la fin à le pouvoir de te faire sortir de tout ce fatras. Enfin n’oublions pas l’une des marques de fabrique de la série : l’humour. Sérieusement, on a rarement autant ri dans Doctor Who ! La rencontre entre deux personnages fabuleux (au sens littéral du terme), celle du Docteur avec le Père Noël (et ses elfes syndicalistes), est l’occasion d’une blague hilarante sur la taille de leurs « vaisseaux respectifs » (It’s bigger on the inside !). Plus encore, tout le côté « alien » du Docteur, marque de fabrique du personnage version Capaldi, ressort pour s’opposer à ces humains qu’il méprise, et ce mépris donne lieu à des piques très drôles.

doctor who

©BBC

 

Dans un schéma qui va de l’étrange à l’inquiétant puis à l’émotif, Moffat écrit et dirige un scénario qui pourrait passer pour une version un peu « Christmas Carol » de l’épisode de Noël « Waters on Mars », pour ceux qui s’en souviennent. Dans ce Last Christmas, les trois personnages principaux étalent leur talent avec brio, à commencer par l’hilarant Nick Frost (vu dans les très bon et drôlissime Shaun Of The Dead, Hot Fuzz et Dernier Bar avant la Fin du Monde) en Père Noël. Suivent Jenna Coleman, dont on peut affirmer ici qu’elle conserve son rôle de compagnonne pour une troisième saison consécutive, et pour notre plus grand plaisir au vu de son grand talent. Enfin, le plaisir est partagé puisque l’excellent Peter Capaldi, très à l’aise dans son costume de Docteur, sorte de Scrooge un peu plus tolérant, et qui révèle toute son âme d’enfant dans une fin des plus touchantes , continue pour la saison 9.

Doctor Who, c’est un peu comme un repas de Noël, ca se savoure petit à petit. Et quand c’est fini, on en redemande… Rendez-vous en août prochain pour la saison 9 ! (Ca va être dur…)