C’est l’heure, en cette fin d’année, d’un premier bilan pour Gotham, la nouvelle égérie estampillée FOX

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au bout de ces 10 épisodes, la série nous a agréablement surpris. Soyons clairs et honnêtes, sur le papier, une série appelée Gotham avec un Bruce Wayne jeune, l’introduction d’un personnage inexistant dans les comics comme l’un des principaux protagonistes (Fish Mooney), des ennemis qui ne sont pas encore ce qu’ils représentent aujourd’hui (le Pingouin démarre, pas de Joker, un Nygma policier, un jeune Harvey Dent…) et un jeune Jim Gordon, non- joué par Gary Oldman, en tête de gondole, ça avait tout pour foirer. Mais comme il ne faut préjuger de rien, on s’est lancés dedans et on s’est agréablement pris au jeu. Elle bénéficie pour cela d’un vrai talent scénaristique, celui de pouvoir faire passer toute l’aura « comics de super héros » sur le même plan que des intrigues sorties tout droit de polars ou de thrillers, et de mettre tous les personnages à égalité, à armes égales (ou presque) face à la voracité de cette Gotham, cette ville colosse aux pieds d’argile, rongée de l’intérieur par la corruption, les magouilles, le sang, la mort, les conspirations. Ce double fil directeur qui touche directement les protagonistes, associé à la personnalité des antagonistes, rend le pitch très intéressant à suivre. Citons pour cela le personnage de Victor Zsasz, très fidèle au comics : chauve, psychopathe, terrifiant et scarificateur

Gotham

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Alors bien sûr, la série n’est pas exempte de défauts. Deux majeurs apparaissent, et qui vont somme toute ensemble : Barbara Gordon, et le traitement de certains personnages. Dans le cas de la petite amie du plus célèbre flic de Gotham, le problème est qu’elle est la femme/copine de héros la plus stéréotypée possible : belle, pas très vive, copine du flic intègre un peu badass/anti-héros, chiante au possible, et avec une histoire personnelle un peu lourde inhérente à son charisme (ici une histoire d’homosexualité féminine pour faire un peu fantasmer les fans). Mais elle n’est pas seule à être un peu laissée de côté : Selina Kyle ne prend véritablement une dimension que sur la fin de la moitié de saison, et encore, c’est pour jouer à la petite fille un peu sûre d’elle et légèrement agaçante. Enfin, quelques personnages secondaires sur lesquels on pourrait presque faire un spin-off (Montoya, l’ex de Barbara et Allen, mais aussi la mini-Poison Ivy, qui devrait toutefois éclore plus tard) sont à peine effleurés, alors qu’ils gagneraient à plus de profondeur.

Un autre défaut, classique, est d’être américaine, cependant, ça, on ne peut rien y faire. Il transparaît cependant de façon sporadique : aspect happy ending couplé aux boum-boum routiniers. Mais bon, tant que l’ensemble rend bien, la série peut bien céder à quelques facilités scénaristiques, on ne lui en voudra pas. A ce titre, l’épisode 10, intitulé LoveCraft, fait état d’un puissant aspect thriller, réussissant à combiner action et actions, et où on a le plaisir de découvrir dans toute sa splendeur le personnage d’Alfred, lui qui d’habitude reste au second rang, est ici une sorte d’Action Man, ou plutôt Butler Man. Comme il le dit à la fin : « si je n’avais pas rempli mon rôle, plus personne n’aurait engagé de majordome ». La phrase parle d’elle-même de l’efficacité de Sean Pertwee, impeccable dans ce rôle et dans cette pêche qu’il apporte au rôle, dans le même registre que son père pour le personnage du Docteur.

Gotham

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Enfin, un point central et essentiel dans la réussite de la série, qui découle de ce qu’on vient de dire, est la réciprocité entre personnages et ambiance. On l’a dit, Gotham, tel Cronos, est un monstre qui mange ses enfants. En entrant dans la ville et en mettant les mains dans le cambouis, les Gordon, les Pingouin mettent en marche la machine Gotham, qui leur rend bien cette activité par sa capacité à les torturer et à les triturer. Le résultat de la série est leur faculté de complaisance (Pingouin) ou de débattement (Gordon). En cela, les Ben McKenzie, très bon en juge intègre mais encore un schouia trop crispé sur le facial, les Robin Lord Taylor, intenable en Pingouin-to-be avec son sourire carnassier, Donal Logue avec ses airs d’ours mal léchés, Jada Pinkett Smith et son regard aiguisé, dans tous les sens du terme, donnent un rythme soutenu et plaisant à Gotham, la série et la ville.

Gotham remporte toutefois haut-la-main le titre de champion d’automne des nouvelles séries, devant The Flash ou Gracepoint. Rendez-vous le 5 janvier pour la reprise !