Jaime Rosales dépeint une jeunesse espagnole passionnée mais enfermée dans le carcan de la misère et des projets sans lendemain, à travers « La Belle Jeunesse ». L’amertume semble l’emporter, mais la créativité formelle aussi.

Natalia et Carlos ont la vingtaine, ils sont amoureux, mais pauvres et vivant encore plus ou moins aux crochets de leurs parents, avec des petits boulots qui ne paient pas assez, et une crise qui rafle tout, y compris -presque- l’espoir. La proposition de cinéma qui suit est brute de décoffrage, et raconte leur quotidien sans fards, avec une mère conciliante mais dépassée, des embrouilles qui ne concernent Carlos que de très loin, des tournages de porno amateur pour se faire un peu de blé… On pourrait vite basculer dans une comédie romantique ou un Drame Social A Thème, mais d’évidence, Jaime Rosales n’a pas besoin de romancer les traits de ses personnages. Ingrid Garcia-Jonsson et Carlos Rodriguez sont aussi entiers que leurs personnages, et traitent leurs scènes comme des épisodes, comme une manière de plus d’aller ailleurs, d’être ailleurs. L’envie d’ailleurs est là, concernant Natalia, qui se découvre enceinte, ce qui n’arrange pas énormément les choses.

« La Belle Jeunesse » refuse de tourner en rond, même si ses personnages le font souvent. Rosales utilise l’ellipse de façon novatrice, en faisant défiler les semaines vu de l’écran de smartphone de Carlos. Un procédé ludique, mais malheureusement rendu pesant par de longues minutes de changements d’application, de litanies de SMS, et surtout sans musique, ce qui donne un côté plus voyeuriste qu’il n’en a l’air. C’est ce constant paradoxe entre la pudeur de la caméra de Rosales et le côté cru de ce qu’il dépeint, à savoir une déchéance professionnelle qui grignote l’avenir du couple qui galère ensemble, vaille que vaille.

Crédit : Bodega Films

Crédit : Bodega Films

La variété des formats, entre DV, pellicule chaude et servie par une équipe technique aussi gouailleuse qu’impliquée, aide à rendre « La Belle Jeunesse » vivace. Mais Rosales, dans son souci d’authenticité, souhaite encore malmener ses personnages, avec une note finale très noire pour le personnage de Natalia qui remet en cause les touches d’espoir dessinées ça et là. Garcia-Jonsson et sa débrouillardise savent être le vrai focus de Rosales, mais sa composition est desservie par le côté finalement assez brouillon de ses intentions. S’il s’agit de donner un regard frais sur la jeunesse espagnole , la mission est accomplie. S’il s’agit d’avoir une vraie unité de ton et servir le destin de ses personnages, alors Jaime Rosales peut mieux faire.