Jason Reitman revient au cinéma après les deux derniers Young Adult et Last Days of Summer. le réalisateur de Juno s’attaque à notre relation avec Internet et les télécommunications.

Adapté d’un roman de Chad Kultgen qu’il a suivi dans sa conception, Jason Reitman propose avec Men, Women & Children, une vision pas si anecdotique que ça de notre société envahie de télécommunications.

Une mère qui surveille le moindre échange virtuel de sa fille, une ado publiant des photos d’elle sur un site, un gamer sans repère depuis le départ de sa mère, un couple à la dérive qui tente l’infidélité virtuelle, autant de destins que nous raconte Men, Women & Children. Porté par un casting de choix (Adam Sandler, Emma Thompson, Rosemarie DeWitt, Jennifer Garner, Judy Greer, Dean Norris, Ansel Elgort et Dennis Haysbert), le film utilise avec merveille Kaitlyn Dever, la révélation de States of Grace, l’une des très belles surprises de cette année. Très juste, la jeune actrice vole chaque scène.

men women children

©Paramount

Men, Women & Children peut paraître superficiel, facile, anecdotique mais il va un peu plus loin que ça. Les situations un peu fantasques, les clichés ambulants sont finalement suffisamment bien dosés pour partir non plus sur des stéréotypes mais des archétypes. Les personnages se voient alors gagner en épaisseur. Ce n’était pas gagné d’avance d’ailleurs, le film commence avec la voix-off d’Emma Thompson qui présente la sonde Voyager et la quête de l’Humain de se trouver une place dans l’Univers, idée un peu surannée. Finalement, à travers chaque portrait, on se plaît à définir plusieurs thématiques profondes comme la place de l’un envers l’autre, à partir de quand existe t-on pour l’autre, le virtuel est-il là pour combler un manque ou pour faire croire qu’on existe quelque part ?

Evidemment, on n’échappe pas à quelques facilités comme le personnage d’Ansel Elgort qui a une conclusion peu surprenante mais le tout est emballé avec cette réflexion que le virtuel ne comble pas un manque mais le remplace. Et ce n’est pas cette réflexion sur l’addiction qui vient parasiter le propos. Trois personnages trouvent une conclusion par la disparition de leur objet virtuel. Si le traitement est maladroit, on sent que derrière le propos, il y a une volonté de dire que le virtuel est une mémoire immense, que la publication, la mise en ligne de quelque chose n’est pas temporaire, n’est pas une action anodine, elle laisse une marque et on retrouve alors le propos de trouver une place. ici, on se dit que le virtuel forme un souvenir global, une masse d’informations accessibles finalement par tous. On parle du porno dans le film avec humour mais la voix-off le dit très bien : ce qu’on cherche, on le trouve. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et poste ce qu’il VEUT. Le résultat est que ce monde virtuel est constitué non pas de demandes mais avant tout des offres. La conclusion est alors qu’il faut renouer des liens formels avec un échange mutuel. C’est là qu’interviennent les duos dans le film où l’échange est souvent bancal, maladroit, mignon, touchant.

 

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On retrouve vraiment ce poids des mots avec les textos envoyés, les réactions hors-écrans et sur écrans, deux mondes, deux réactions, deux vies différentes. D’ailleurs, les choix artistiques avec cette sur-impression des écrans avec le personnage était obligatoire mais aussi bien pensé et très fluide. Ce décalage offre de savoureux moments et même d’autres plus tragicomiques. Le contenu de la sonde Voyager est un échantillon de notre société mondiale, mais qui a décidé ça ? Qui décide de ce que nous mettons en ligne ? C’est un choix personnel, un choix décidé. Le monde virtuel n’est qu’une parcelle. Loin de faire des lieux communs, le film se recentre sur les états primaires des gens : la communication et le sexe. Si la première partie se base sur notre relation avec les réseaux virtuels, la seconde part dans un schéma moins étude sociale mais plutôt étude de moeurs. Oui, le sexe fait partie des choses les plus importantes dans la vie des individus et cela passe par la communication. L’aspect cru du roman se retrouve dans l’aspect « nue » des émotions. On parle de sexe comme on clique sur sa souris. En un instant, l’individu est face à ce qu’il veut, ce qu’il souhaite avoir, ce qu’il souhaite voir ou entendre. Plus qu’une extension, le virtuel est un monde où baignent ses choix et non son identité.

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On le voit, les personnages pensent que le virtuel n’a aucune incidence sur le réel et que ce qui est en ligne est mis à la vue de tous sans jugement ou sans barrière. Tout est possible quand on ouvre la porte du virtuel alors que dans le réel, il semble y avoir tellement d’obstacles. Le Monde envoie une sonde à travers l’espace telle une bouteille à la mer. On chercher à savoir qui nous sommes en nous basant sur qui pourrait nous entendre. Men, Women & Children est un cri d’alarme plus puissant qu’il n’en a l’air.