Une lourde vérité concernant un trafic de drogues organisé par la CIA au Nicaragua va conduire Gary Webb au bout du rouleau. Que vaut « Secret d’Etat », nouveau thriller signé Michael Cuesta?

Jeremy Renner n’a aucun mal à se glisser dans la peau d’un journaliste d’investigation au bagout légendaire et à l’esprit extrêmement vif. C’est le point de départ et le focus majeur de « Secret d’Etat » (« Kill The Messenger » en VO), un film dont le casting n’a pas de contre-emploi, mais n’a pas non plus de majeures surprises. On a déjà vu Oliver Platt en patron de presse pragmatique, Rosemarie DeWitt en vieille routière du cinéma indé fournit une composition très solide en femme de Gary Webb (le personnage de Renner). Tout comme les seconds rôles attribués à Ray Liotta et Michael Sheen. « Kill The Messenger » fait partie de ces petits films qui ont un regard sur la qualité et l’exploitation des points forts de chaque membre de sa distribution.

« Secret d’Etat » voit le personnage de Gary Webb être mis sur la piste d’un gros scoop alors qu’il est simple reporter dans un journal local de San Jose. Un scoop qui lui tombe dessus de la manière la plus improbable possible : la compagne d’un narcotrafiquant l’incite à assister au procès et à mettre au clair les zones d’ombre concernant la drogue qui a conduit à son arrestation. Très vite, son enquête va le mener en Amérique Latine, et va le faire se mesurer à une source à Washington qui lui fait dire qu’il tient quelque chose de grand. Ce qui est la grande qualité du film, c’est que malgré une époque pré-Internet (milieu des années 1990), la reprise de l’enquête de Webb est un détail du système médiatique et de la réaction des grands médias nationaux, que ce soit le New York Times ou les rédactions de ABC et CBS. Malheureusement, dès le départ « Secret d’Etat » égrène les clichés conspirationnistes : des agents qui profitent de sa parano pour s’introduire incognito lors d’une descente de police aux témoins haut en couleur, au banquier trop disert qui disparaît, tout sent le déjà vu et revu. De plus, Michael Cuesta, qui revient au cinéma après l’excellent « 12 And Holding », bâcle un peu sa mise en place et va dans des effets émotionnels faciles, desservis par une musique passe-partout de thriller signée Nathan Johnson. On sent qu’il n’a pas vraiment quitté l’univers télévisé de « Homeland » et « Dexter », ce qui semble bafouer ses instincts de dramaturge tellement délicat de son premier film.


Ce qui rend « Secret d’Etat » digne d’intérêt, c’est la noirceur avec laquelle il bascule, liée à un Gary Webb peu à peu broyé sous les yeux du spectateur. Ses travers fougueux et grande gueule se retournent contre lui, il est mis au placard dans une agence locale, et sortira piteux d’un travail qui a eu des imprécisions et des zones d’ombre. C’est là la qualité du scénario Peter Landesman, tirant sa matière de deux livres différents : le propre livre de Gary Webb, puis sa biographie « Kill The Messenger » de Nick Schou : ce nihilisme dans l’intrigue rattrape le film par le col, et réussit à questionner le spectateur en sortant de la salle.

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