Gracepoint est le remake américain de Broadchurch, dont vous avez pu lire la critique il y a plusieurs semaines. On vous avait parlé du pilote, on fait désormais un point à mi-saison

Gracepoint, donc, raconte comment une petite communauté américaine se retrouve sous le feu des projecteurs après la mort du petit Danny Solano, 12 ans, dans des circonstances mystérieuses. Les inspecteurs Emmett Carver et Ellie Miller sont chargés d’une enqûete qui va délier bien des langues et faire tomber bien des masques…

Que dire sur Broadch… euh Gracepoint, tant cette série est un copié-collé en tous points de son homologue britannique ? Il faut dire que quand on reprend l’équipe technique originelle, l’acteur principal originel, les mêmes plans, les mêmes dialogues (peu ou prou), les mêmes scènes, les mêmes falaises, les mêmes tenues et même presque les mêmes noms, il y avait de fortes chances pour faire exprimer aux fans de Broadchurch un désintérêt profond, voire un dégoût manifeste envers cette équipe qui a quelque peu vendu son âme au diable en permettant un remake américain. Alors bien sûr, il y a un certain appât du gain, mais il y a aussi, ne voyons pas tout en noir, une volonté d’autopromotion, notamment pour David Tennant, dont nous n’avons cessé de vanter les louanges, que ce soit dans Doctor Who, Broadchurch (puis Gracepoint, on y reviendra), qui à 43 ans se dit qu’une petite escapade américaine, pour lui l’Ecossais théâtreux, ce serait pas mal pour donner un coup de boost à sa carrière. La volonté doit être la même du côté de Chris Chibnall, le créateur de Broadchurch et superviseur de Gracepoint. Et franchement, l’avantage quand on sait à quoi s’attendre, surtout quand c’est une bonne série qui est adaptée, c’est l’avantage de passer un moment plutôt agréable, se replonger dans cet univers en attendant la deuxième saison de Gracepoint, et aussi l’occasion, on va le voir, de pointer un peu plus quelques défauts.

Gracepoint

©FOX

Alors que Twin Peaks est annoncé comme revenant en 2016, 25 ans après la fin de sa deuxième saison, Gracepoint paraîtrait presque n’avoir rien de surprenant, les Américains devant être nostalgiques de ce qui fut, en 1990-1991, une excellentissime série, largement au-dessus de ce qui sort aujourd’hui, n’ayons pas peur de le dire. Mais voilà, n’est pas David Lynch qui veut. Broadchurch avait déjà en lui cet « américanisme » : ralentis, moments très mélos et donc agaçants, tendance à trop accentuer sur le pathétique. Alors quelle différence avec Gracepoint ? Rien. L’épisode 5 américain et l’épisode 5 britannique se finissent sur la même scène énervante : Beth demandant au fils d’Ellie de lui faire un câlin. A ces détails, et pour faire encore plus tape à l’oeil, l’adaptation américaine a rajouté des battements de coeur lorsque l’arythmie de Carver se déclare, faut pas déconner. Que dire de plus que ce que l’on a déjà dit dans la critique de Broadchurch ? Qu’on a profondément l’impression de voir la même chose. Après tout, Gracepoint n’est pas le premier de sa génération à être le remake d’une série british (cf The Office ou House of Cards). La seule différence qu’on a pu noter entre Gracepoint et Broadchurch est la minuscule importance que prend la drogue trouvée chez Danny. Mais c’est un feu vite éteint, et tout ce que l’on peut dire de plus, c’est que le personnage de la rédac’chef du journal local est moins attachant car plus vil, et que la figure du journalisme est un peu plus égratignée par la journaliste du SF Globe. La série, de l’aveu des créateurs, est sensée prendre un chemin différent à partir du 7e épisode, ce qui sera déjà tard quand on sait qu’il y en a 10 de prévus, mais il vaut mieux ca plutôt que l’on sache déjà qui est le meurtrier.

Gracepoint

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Comme chaque copie ultra-fidèle au modèle d’origine, Gracepoint est un ton en-dessous de son prédecesseur. Tout est clairement un ton inférieur, et en particulier les acteurs : Michael Pena est désastreux en père de famille, jouant la tristesse en voyant le corps de Danny avec l’air d’un rappeur raté, Jacki Weaver (Susan) n’a pour elle que de ressembler à Pauline Quirke de la version anglaise, Virginia Kull est encore plus mauvaise que Jodie Whittaker en Beth, mais surtout, les Nick Nolte (Jack), Kevin Rankin (Paul) et Kendrick Sampson (Dean) ne font pas oublier les excellents seconds rôles qu’étaient respectivement David Bradley, Arthur Darvill et Jacob Anderson. Chez les acteurs principaux, disons-le franchement : même David Tennant est légèrement moins bon que dans Broadchurch, mais conserve toute sa prestance et est comme à l’origine le meilleur acteur du casting (le talent que voulez-vous). Quant à Anna Gunn, elle fait le job mais ne transcende pas. Cela dit, elle apporte plus que le reste du casting réuni.

A la question “Faut-il regarder Gracepoint?”, on serait tenté de répondre a priori non. Si vous avez vu la version originale, vous serez déçus. Si vous n’avez pas vu Broadchurch, regardez directement la série anglaise. Ou rongez votre frein en attendant ce fameux épisode 7