Hier soir, TF1 diffusait les 3 premiers épisodes de sa nouvelle série « Interventions », avec Anthony Delon. Je dois l’avouer, je suis une inconditionnelle des séries US et je ne regarde (pratiquement) jamais de séries françaises (quitte à en rater des bonnes, oui je sais). Mais cette fois, je me suis donnée un défi : regarder un ou plusieurs épisodes pour dépasser mes a priori, et vous en parler. Résultat ? Personne ne me rendra mes trois heures perdues…

Enfants de la DDASS, Roman Lucas a grandi de foyers en familles d’accueil. Entre les coups, les insultes, les brimades et l’indifférence, il a appris à travailler seul, en ne se laissant guider que par son propre instinct, en dépit des règles établies. Aujourd’hui les codes et les idées reçues. Bien qu’il possède un don extraordinaire pour donner la vie, il n’en reste pas moins un homme pétri de contradictions aux yeux des membres de son service. Auprès de lui, ces derniers réaliseront que si la médecine est complexe, la vie, elle, l’est bien plus encore…

(Vous remarquerez que le synopsis – pris chez Allociné- met en avant Anthony Delon et son personnage si complexe, alors qu’il s’agit surtout d’une série médicale qui suit le quotidien d’une maternité)

Dès le départ, la série partait avec de sérieux handicaps : c’est une série médicale (à part « Grey’s Anatomy » et « Scrubs », aucune série médicale ne trouve grâce à mes yeux), une série française (oh, que je suis méchante) et Anthony Delon en est l’acteur principal. Mais il faut savoir garder l’esprit ouvert, n’est-ce pas ? Pourtant en une minute top chrono, tout mon bel enthousiasme s’était envolé, après deux lignes de dialogues et un accident de voiture aux effets spéciaux douteux. Acceptons pour un instant que les productions françaises n’ont certainement pas le même budget que les séries américaines. Certes. Reste le problème des dialogues maladroits et du jeu d’acteur plutôt instable

interventions

©Gaumont Télévision

Dans « Interventions », les acteurs essaient d’être les plus naturels possible, notamment en utilisant un langage plus relax, plus « djeunz » comme on dit. Sauf que cela sonne faux… C’est comme si les scénaristes n’avaient pas réussi à trouver un équilibre dans leurs répliques, passant d’une tirade beaucoup trop ampoulée ou clichée, à un échange trop familier. À cela s’ajoute le jeu d’acteurs souvent peu naturel de la part du casting, souvent trop mélodramatique. J’ai eu une discussion très intéressante à ce sujet sur Twitter : @ladyteruki m’a expliqué que les acteurs français avaient sûrement une formation trop axée sur le théâtre, où l’on doit justement déclamer son texte avec plus d’effets pour atteindre les gens, contrairement à la télévision. On a aussi conclu qu’après avoir regardé autant de séries anglaises et américaines, on avait beaucoup de mal à écouter de nouveau des dialogues en français… Mea Culpa.

Alors j’ai essayé de continuer la série en prenant tout ça en compte, mais non, vraiment, le problème est plus profond. D’abord parce que tout va trop vite. Les cas de chaque épisode s’enchaînent, les problèmes et les complications aussi, mais tout se règle (souvent) en un claquement de doigts. On n’est pas loin d’un Anthony Delon érigé comme le médecin-dieu-beau gosse de l’hôpital… Vous voyez le genre, le vieux beau tellement viril mais aussi si fragile de par son passé. Cela touchera peut-être les fans de Delon père ou fils. Ça agacera les autres. Au fait, vous pensiez que les Américains (et « Grey’s Anatomy » en particulier) y allaient trop fort niveau drame et situations improbables ? Oh, rassurez-vous, « Interventions » en a aussi largement en réserve. Autre détail qui coince : les retournements de situation, qu’on voit arriver à des kilomètres…

En résumé, entre les poupées de bébés qui font peur (en trois épisodes, je crois que je n’ai vu que deux fois un véritable bébé – encore une fois, sûrement un problème de budget, soyons indulgents), les multiples incohérences médicales (croyez-moi, j’ai fait du fact-checking avec une sage-femme), les clichés à gogo et la culpabilisation des femmes qui veulent accoucher sous X (après tout, ça change de la culpabilisation des femmes qui avortent non ? *sarcasme*), et les médecins qui décident d’opérer quand ça les arrange même si l’opération n’est pas nécessaire, « Interventions » a usé ma patience jusqu’à la corde et détruit mes derniers restes d’indulgence.

« Non mais je décède en fait. On dirait qu’ils ont pris un bouquin d’obstétrique et qu’ils en ont sorti tous les trucs catastrophes. (…) Personne ne leur a dit qu’ils n’étaient pas crédibles pour un sou ? » Une amie sage-femme, lors d’un long échange de sms outrés.

interventions

©Gaumont Télévision

Alors oui, je l’avoue, il ne doit pas être facile pour « Interventions », de se hisser aux côtés de ses camarades américains. D’ailleurs, sur Twitter, de nombreux tweets pointaient du doigt le « mauvais « Grey’s Anatomy » français », ou le mauvais mélange entre House et Dr McDreamy qui donne un Anthony Delon bancal… Disons qu’à une époque où de plus en plus de ménages français ont accès à des séries américaines, il est plus difficile pour les séries françaises d’échapper aux comparaisons. Et non, je ne dis pas que « Grey’s Anatomy » n’a jamais d’incohérences médicales dans ses épisodes… Mais si Shonda Rhimes pouvait nous prêter ses consultants et experts médicaux pour vérifier les scénarios, ça serait sympa !

Au final, et malgré cette démolition en règle de ma part, je ne doute pas qu' »Interventions » trouvera son public, que ce soit grâce aux fans de Delon ou aux téléspectateurs friands du made in France. Que voulez-vous, la télévision française est pleine d’incohérences ! Mais je suis tout de même curieuse de voir les audiences… De mon côté, j’abandonne avec un immense soulagement cette série, et je retourne au « The Walking Dead » du lundi !