Film d’ouverture du dernier Paris International Fantastic Film Festival, le dernier Takashi Miike, « The Mole Song » est un assemblage foutraque d’humour régressif, de pastiche de films d’infiltrations et de trouvailles visuelles clairsemées. Un des meilleurs divertissements de mon année cinéma.

Reiji est, des dires de son chef, un piètre flic. Ce qui le rend tout à fait apte pour une infiltration, puisque le congédier sera totalement logique, vu de l’extérieur. Très vite, Reiji va devoir subir un apprentissage déroutant, et se voir changé en mélange de yakuza et de mac par des « instructeurs » profondément crétins. Autre détail pour notre juvénile héros : au lieu de devoir s’infiltrer et de provoquer la guerre entre deux factions mafieuses de Tokyo, il ne pense qu’à rentrer chez lui et enfin perdre sa virginité avec Junna pour enfin retrouver un peu de courage.

Itsei (Takashi Okamura), dit "le chat".

Itsei (Takashi Okamura), dit « le chat ».

Takashi Miike construit à partir du mauvais goût, de la farce et de la puérilité. Une simple parodie de films de yakuzas aurait rendu le film profondément indigent, au lieu de ça, Miike peuple le film d’un lieutenant avide de calembours de chats et de dents en or, et d’un mafieux avide de blagues drôles et de papillons rares.

Reiji alias Toma Ikuta, excellent en timing comique et en action.

Reiji alias Toma Ikuta, excellent en timing comique et en action.

« The Mole Song » a très peu de problèmes de rythme, et balancera toujours une autre scène embarrassante pour Reiji une fois l’autre terminée. Après tout, le film s’ouvre sur lui, terrorisé et à poil sur le coffre d’une voiture, après avoir été utilisé comme appât pour attirer l’attention des mafieux. Les premières scènes du film font de l’exposition cartoonesque grotesque avec des têtes en papier mâchées, et des fantasmes sanguinolents évoquant la necessité de faire le plus rare des papillons à partir des propres tripes d’un Reiji qui s’automutile. On l’aura compris, « The Mole Song » joue du trente-sixième degré avec force, au point de la saturation lorsque le film est étiré sur quelques 2h10, et qu’il est rempli ras-la-gueule de twists et gags jusqu’à son générique de fin. On peut pardonner les maladresses techniques, comme les CGI qui piquent les yeux, mais l’ensemble reste de qualité suffisante pour mériter une sortie dans quelques salles françaises. Si Miike n’est pas à mettre entre toutes les mains, « The Mole Song » est un festival de vannes assez cataclysmique pour être apprécié au-delà d’un public de fans de cinoche asiatique.