Netflix poursuit tranquillement son petit bonhomme de chemin créatif en s’engageant avec BoJack Horseman dans un nouveau genre, l’animation. Comme d’habitude, les attentes étaient élevées, surtout au vu du casting vocal franchement impressionnant et du ton mature qui semblait se dégager de la série au vu du trailer.

Créé par Raphael Bob-Waksberg – qui signe le scénario des trois premiers épisodes et du final, BoJack Horseman suit les (més)aventures d’un cheval humanoïde du même nom, ancienne star télévisée des années 90 qui tourne en rond et souhaite revenir sur le devant de la scène ; rien de tel donc que d’écrire son auto-biographie, même si il faudra faire appel à un nègre, BoJack étant peu doué pour ce genre de choses (et pour bien d’autres aussi).

Inutile de dire que BoJack Horseman déroute, et pas qu’un peu. En fait, si vous vous attendiez à une série délurée à la Archer ou même Rick & Morty, vous risquez d’être un poil déçu. BoJack est certes rempli de blagues vaseuses, de références en tout genre, ou encore d’arrières-plans complètement débiles (par exemple, un mouton qui tond une pelouse et qui ouvre la bouche pour manger l’herbe), mais ce n’est pas ça qui prime ici. On s’attache plutôt à la déchéance de BoJack et à la critique de tout ce petit monde qui l’entoure, des branleurs (comme son coloc) au rival que représente Mr Peanutbutter. Le ton est très sombre et fait de BH une sorte de satire au vitriol qui dispose de différents niveaux de lecture : critique du monde de la télé, du rêve américain, ou même vers la fin de la société américaine dans son ensemble qui ne vit que pour les déboires des anciennes stars déchues. On est bien loin des délires régressifs d’un Archer par exemple – ou même de la satire corrosive mais plus bordélique d’un South Park de la grande époque.

Le problème de BH est que la série est mal rythmée. La première moitié de la saison essaie un peu trop d’être dans le comique bas de front sans forcément y arriver tout le temps. Ce n’est pas déplaisant, mais cela reste assez convenu au final et déjà vu dans d’autres séries. Cependant, à partir de l’épisode 6, la série devient plus mordante et sombre, et c’est ce qui fait tout le sel de la série. Tout se met en place et le final est vraiment magnifique – notamment l’épisode 11.

bojack horseman

©Netflix

L’écriture des personnages est malheureusement liée à ce rythme souffreteux. Si BoJack est tout de suite attachant – malgré son caractère de cochon – il faut attendre un peu avant de voir son personnage prendre de la profondeur ; mais Will Arnett le joue à la perfection, sa voix rocailleuse, à la fois triste et ironique, épousant à merveille le personnage. Si Mr Peanutbutter est lui très bon de bout en bout (et très bien interprété par Paul Tomkins), il est plus compliqué de s’attacher de suite à Todd Chavez, le coloc de BoJack (avec un Aaron Paul un peu en-dessous des autres au début) qui n’est au début qu’un sidekick banal. Sinon au niveau du casting vocal, outre ceux cités au-dessus, on retrouve Alison Brie, qui campe une Diane Nguyen convaincante et Amy Sedaris, excellente en Princess Carolyn (l’agent de BoJack) ; dans les personnages plus mineurs ou les simples caméos, vous pourrez y entendre les voix de Ken Jeong (Chang de Community), Stanley Tucci, Naomi Watts ou encore Stephen Colbert en grenouille peinant à gérer BoJack et son entreprise. Quand je vous disais que le casting vocal était impressionnant, ce n’était pas du bluff.

BoJack Horseman n’est donc pas une franche réussite, mais elle est une très bonne préparation pour la future saison 2, déjà commandée par Netflix. Porté par son casting vocal et son écriture, notamment lors des derniers épisodes, BoJack Horseman se différencie suffisamment de la concurrence pour être vu. Et puis ce générique inspiré de Mad Men est franchement classe.