« Le vent se lève, il faut tenter de vivre » : c’est sur cette citation de Paul Valéry que le réalisateur japonais, maître incontesté du film d’animation, tire sa révérence avec Le Vent se Lève, inspiré des mémoires de Jiro Horikoshi. Son film le plus mature, mais aussi le plus personnel, tout en restant cher à ses fondamentaux, et nous prouve qu’on peut voir la réalité historique sous un angle bien plus agréable et envoûteur. Décortiquage.

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« Les avions sont les rêves, et les ingénieurs sont là pour les mettre en forme » ; « L’imagination crée l’avenir ; la technologie vient après ».
Voilà comment on peut résumer l’ultime chef-d’oeuvre d’Hayao Miyazaki. Passionné d’aviation depuis son enfance, fils d’ingénieur aéronautique, Miyazaki a donc choisi son cheval de bataille favori pour faire une dernière déclaration d’amour vibrante au cinéma. Mais depuis Porco Rosso, en 1992, Hayao Miyazaki a grandi. Le Vent se Lève est l’histoire de son décollage dans le cinéma, de tout le travail effectué pour arriver à la maquette de ses rêves.

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Ce film est un film à réalité biographique et historique, mais ce cher Hayao ne perd pas de vue un de ses thèmes chers et essentiels, l’onirisme. Parce que ce qui se passe autour n’a pas d’importance : Jiro est ce personnage aveugle face au monde en proie aux nationalismes des années 30, obéissant aux constructeurs d’avions pour peu qu’il réalise son rêve. Comme dans ses précédents films, Miyazaki donne un adjuvant au héros, un adjuvant sous la forme d’un esprit. Ici, ce sera le modèle de Jiro, un ingénieur italien pas rancunier et flairant le talent de ce jeune garçon brillant. Associés imaginaires, empiétant sur le rêve de l’un et de l’autre mais toujours se respectant profondément, à la manière de Miyazaki et Takahata, c’est le fil directeur du film, de la montée vers la gloire pour Jiro, ce stakhanoviste indépendant de l’aviation.

Le rêve est partout : dans une arête de maquereau, dans les vastes et vertes plaines, nature inspiratrice de chefs d’oeuvre, pacificatrice dans ce monde de brutes auquel est soumis Jiro. Mais le rêve est au bout d’un voyage initiatique semé d’embûches. Le tremblement de terre (celui de Kanto, en 1923) La Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon : la désolation règne, mais sa volonté n’est pas entamée, et tout cela n’empêchera pas d’aboutir à son rêve. Il a choisi les avions : ce sont « des rêves magnifiques, mais aussi maudits », et son ingénieur aussi. Tel un bon Sherlock Holmes de la conception, il est à la fois conscient du monde qui l’entoure mais aussi inconscient dans son propre monde céleste, tel un grand enfant sans cesse dans la lune. Mais comme le ciel, sa bonne étoile, n’est pas rancunier, il lui offrira pour le ramener tout de même à la réalité l’amour d’une jeune femme, Naoko, concrétisé dans une des scènes les plus touchantes du film.
Difficile de ne pas voir en ce film une introspection miyazakienne. Le senseï déambule à travers les différentes étapes de sa carrière, et offre un condensé de ses aventures : un personnage ( Castorp ) en représentation virile de la vieille Sophie du Château Ambulant, des avions survolant le fascisme ambiant tels Porco Rosso, une sensibilité forte et profonde envers la nature comme Nausicäa ou le Château dans le Ciel… Tel Jiro, Hayao Miyazaki s’est mis à sa table de travail pour perfectionner encore et encore la représentation de ses envies.

Accompagné par une bande originale sublime, nouvelle oeuvre de son complice de 10 ans Joe Hisaishi, qui fait partie de l’âme du film, Le Vent se Lève est un voyage dans les méandres d’un idéalisme touchant qui fera fondre tout coeur décemment constitué. Alors du fond de notre petit coeur ému : Hayao, ne t’arrête pas.