Jördis Triebel incarne une mère qui passe dans la RFA des années 1970, mais dont les secrets du conjoint supposé mort vont la rattraper. Un drame tendu, juste et prenant qui a été récompensé aux Césars allemands.

« De L’Autre Côté Du Mur » s’ouvre sur une scène de souvenirs enneigés d’une famille composée de Nelly, son fiancé et leur fils Alexei. Une séquence plus tard, Nelly passe de la RDA à la RFA. Si le film est l’histoire d’une jeune mère et veuve qui a du mal à trouver ses marques, ce nouveau film de Christian Schwochow (réalisateur de « L’Enfant de Novembre », gros succès public en Allemagne) les trouve assez rapidement. Adapté d’un livre de Julia Franck, il se démarque très clairement du trouble historique de ceux qui quittaient la RDA et le régime soviétique pour s’attacher à une relation mère-fils. Passée une première scène de fouille corporelle humiliante, on croit que les troubles de Julia vont s’arrêter là. Mais c’est une ambiance de paranoïa qui l’accueille à Berlin-Ouest.

Jördis Triebel livre une composition entre détermination et repli paranoïaque. (Crédit : Sophie Dulac Distribution)

Jördis Triebel livre une composition entre détermination et repli paranoïaque. (Crédit : Sophie Dulac Distribution)

Nelly est une femme de l’entre-deux, dont le film nous laisse entrevoir qu’elle a du potentiel pour vite se réadapter, mais dont la lenteur glaciaire de l’administration la laisse parquée dans un dortoir collectif avec son fils, en attendant que les fameux « 12 tampons » soient tous remplis. De connaissances et affinités éphémères en opportunités ratées, sa détermination se heurte envers des agents un peu trop suspicieux. Elle apprend que les activités de son mari, scientifique et chercheur en énergie nucléaire, ont pu causer sa disparition. L’intelligence est de ne pas faire de ce mystère un des points majeurs du film : Nelly ne tente pas de se raccrocher à la possibilité que son mari soit vivant. Mais elle explore cette piste avec un agent américain avenant, incarné par Jacky Ido (qui, bien loin de « Taxi Brooklyn », s’avère excellent en second rôle).

Les problématiques de l’intégration et des suspicions qui tournent au-dessus de la tête de Nelly font le sel dramatique du film. Elle qui n’aspire qu’à une vie indépendante et « faire son trou » se retrouve à gérer la communauté, tantôt sympathique, tantôt paranoïaque. Une pression qui met à mal sa relation avec son fils, et la progression de leur arc donne à ce dernier de longs moments rien qu’à lui, contre toute attente. La duplicité du regard sur ce nouveau territoire, une promesse lointaine d’épanouissement social mais surtout teinté d’un antibolchevisme rampant, marque le film. Que ce soit un fils innocent et encore mal adapté à sa nouvelle vie ou une mère au regard sans cesse inquisiteur, la RFA des années 70 est passée au diapason de manière peu flatteuse. Le film rejoint une partie des thèmes de « The Immigrant » de James Gray, mais avec un aspect plus positif et combatif, et moins noir dans son déroulement et dans les fréquentations de Nelly. Un import allemand solide, qui risque de passer un peu inaperçu, la contreprogrammation avec « Interstellar » et des drames avec des stars montantes (71 et Paradise Lost) étant risquée dans un paysage de sorties pléthorique ce mois-ci.