Toute la simplicité du livre, The Giver (Le passeur en VF) se perd dans une adaptation à la limite de l’intéressant.

Actuellement au cinéma comme on vous l’avait annoncé il y a quelques mois, The Giver ou Le Passeur en français, nous donne un aperçu d’un monde où l’individualisme n’existe pas, jusqu’aux sentiments de chacun. Adapté du roman de Lois Lowry, véritable phénomène aux Etats-Unis mais un peu moins connu chez nous, vous avez pu le croiser au cours de vos lectures scolaires, c’était un ouvrage populaire que les profs donnaient au début du collège voire même à la fin du primaire. Peuh, c’est pour les gamins ! direz-vous. Que nenni. Il y a une dimension presque philosophique dans ce bouquin. C’est bête à dire, mais ça fait réfléchir sur la vie, les normes de la société en général, le bien commun, le pouvoir etc. Le film avait donc un énorme potentiel… et pourtant, il était totalement à côté de la plaque.

The giver

©TWC

D’un côté, avec la bande-annonce on a pu voir un choix esthétique logique, l’usage du noir et blanc. Puisque l’Identique a supprimé les couleurs de la vie des habitants de la communauté, il semble normal que le film adopte leur point de vue. Et progressivement, Jonas, notre héros, redécouvre l’existence des couleurs avec ses émotions et ses souvenirs qui lui sont transmis, tout comme le spectateur. Le choix d’en faire un héros plus âgé parait encore une fois, relativement logique, c’est difficile d’attirer le public adolescent avec un héros qui aurait douze ans… Vous l’aurez compris, le Passeur est un peu le précurseur de nos dystopies préférées pour ados. Mais là où il y a une faute de bon goût, c’est d’en avoir fait un film d’action comme les Hunger Games ou Divergent, alors que le matériel de base n’est pas fait pour selon moi.
Tout l’intérêt de l’histoire, de cette réflexion sur ce qui caractérise l’être humain est perdue dans une romance à deux sous où le héros est épris de sa meilleure amie, ce qui rend son meilleur ami troisième roue du carrosse très jaloux. Ah oui, le tout interrompu par des balades en vélib’s pour pouvoir profiter du très joli paysage. En gros, ils ont oublié d’écrire une histoire pour le film. Ils ont pris des bouts du livre, ses règles et son concept, pour en faire un film sans contenu sur une chanson de Taylor Swift.

The Giver

©TWC

Okay, on a une grande méchante en la personne de Meryl Strep qui est toujours aussi géniale, un Jeff Bridges qui joue bien les mentors bourrus, puis on a des parents physiquement pas désagréables à regarder avec un Alexander Skarsgard rasé de près et une Katie Holmes qui revient d’entre les morts, mais ça s’arrête là. Le héros, Brenton Thwaites (qui ressemble à un Grant Gustin qui aurait oublié de grandir) est aussi insipide que l’exige un film pour ados, du coup, on a vraiment du mal à ressentir la moindre chose lorsqu’il se remémore des choses. Et la fin qui traîne, qui traîîîîne et bien sûr … Bref, c’est pas fifou tout ça, un film vide sans émotion, à l’image de la photographie. Il aurait fallu s’écarter beaucoup plus du livre pour réussir cette adaptation.

(P.S. : si l’univers vous a plu, penchez-vous sur la tétralogie de Lowry :’)