Petite pause pour Robert Downey Jr dans son marathon Marvel. L’acteur fait face à son mythique homonyme, Robert Duvall, dans un film à la fois plaisant et touchant

Hank Palmer est un avocat à succès de Chicago, cynique au possible, amateur de belles femmes. Néanmoins, sa vie bascule quand il apprend la mort de sa mère. Retournant dans sa ville natale de Carlinville, Indiana, pour assister aux funérailles, il retrouve sa famille dont il s’est détaché il y a longtemps, et notamment son rude et froid père Joseph Palmer. Lorsque celui-ci est accusé de meurtre, Hank doit défendre son père contre le procureur Dickham qui compte bien détruire la réputation de juge intègre de Joseph Palmer

Réalisé par un inconnu du grand public (David Dobkin), ce film vaut en premier lieu pour la rencontre entre deux ténors d’hier (Robert Duvall) et d’aujourd’hui (Robert Downey Jr). Le premier semble ici signer son testament filmique, portant lourdement le poids de ses 83 ans, et l’autre franchit une nouvelle étape dans la démonstration de ses qualités. Qu’on ne s’y trompe d’ailleurs pas : Robert Downey Jr a installé, depuis sa rédemption sous les traits d’Iron Man, une image de cabotin bonimenteur, au charisme indubitable et à l’humour ravageur, dans la lignée de Johnny Depp. Mais dans ce film, Downey Jr explore plus profondément sa veine tragique, passant assez brusquement du masque de rire au masque de pleurs. Sans jamais tomber dans le pathétique, s’arrêtant au stade des yeux embués, Downey Jr montre une sensibilité touchante, qui tranche mais aussi s’associe bien, d’un point de vue esthétique comme cinématographique, avec la rigidité et la froideur d’un Robert Duvall pas dénué de sentiments mais presque. Celui-ci, si sa vieillesse est clairement utilisée comme un atout (et tant mieux, puisque c’est bien fait !), déploie encore une énergie assez incroyable pour son âge, et ne faiblit pas de ton. La rencontre entre LE trublion du nouveau Hollywood et le vieux chêne vestige de l’ancien est réussie.

le juge

©Warner

Le film, lui, est de ce genre de films que le cinéma américain, plutôt usinier comme chacun sait, produit à la chaîne, n’hésitant pas à faire appel à de bons acteurs, ou du moins des acteurs renommés, pour faire du fric au box- office. Parfois, cela dit, comme dans la Matrice, il y a une petite anomalie (si tant est que l’on peut dire qu’il y a anomalie quand on parle d’un bon film) , il y en a un qui ressort, et qui brise la linéarité de ces films moyens et peu soignés. Le Juge est de ceux-là : il n’est en effet doté que d’un scénario assez classique des films de procès (le père dur qui renie son fils et le fils rebelle qui renie son père avant de le regretter et de se dire « Merde, et si je changeais ? »), mais ce scénario a le mérite de ne pas nous ennuyer (2h21 quand même). Il y a comme un air de To Kill a Mockingbird, l’un des premiers rôles de… Robert Duvall. Visuellement, il n’y a rien à y redire : le banal décor des petites villes américaines accroche l’oeil, bien aidé par des lumières si blanches qu’elles nous en aveugleraient presque.  Méticuleux dans le choix des musiques, comme dans l’avancement et dans l’agencement du scénario, laissant toute la place possible aux acteurs pour rythmer le film, il serait bon de confier de nouveau un film à David Dobkin pour qu’il étale ses qualités.

le Juge

©Warner

Toutefois, le film, comme tous ses congénères sortis de la machine Hollywood, n’est pas sans souffrir d’un ou deux défauts : le traitement des personnages secondaires est assez bâclé. Dommage, parce qu’une bonne visée à ce niveau là aurait assis sa solidité. En effet, un acteur du charisme de Billy Bob Thornton, tout en majesté dans son rôle de procureur véreux, aurait mérité plus qu’une simple scène de joute verbale avec Downey Jr, mais aussi un peu plus de cruauté au moment du procès. Ceci étant dit, sa façon de se reposer sur son charisme est un atout considérable. Mais le bât blesse vraiment avec Vincent d’Onofrio, réduit à son langage essentiellement vulgaire et sa carrure de gros nounours, Jeremy Strong, enfoncé dans son rôle de simple d’esprit, et Vera Farmiga, personnage sexy réduit à des allures de PNJ sur le chemin juridique pour Downey Jr. L’aura des deux Robert sauve tout cela, mais le film reste, en tout cas à ce niveau là, incomplet.

Le Juge est un film qui prouve clairement que le cinéma américain vaut mieux que tous les films de seconde zone qui sortent par dizaines chaque année. On en veut plus, du comme ça !