En renouant avec ses affinités pour la comédie dramatique douce-amère, Jon Favreau livre une belle recette, bien articulée et ancrée dans son histoire vraie.

Difficile de ne pas voir une volonté de renaissance artistique à la vision de « Chef » (discrètement renommé en #Chef pour la France). Les parallèles à tracer entre l’histoire du Chef et les déconvenues récentes de Jon Favreau sont trop croustillantes. Il a subi une contreperformance cuisante avec l’hybride « Cowboys vs. Aliens », son titre de producteur exécutif sur la série « Revolution » de NBC n’a pas empêché l’annulation au bout de 2 saisons, et il a laissé les rênes de « Jersey Boys » à Clint Eastwood après une période de développement. Malgré toute sa renommée, il semble bien que la fortune de Favreau ait tourné et qu’il retrouve un peu l’univers de ses débuts, celui de « Swingers », son tournage à la va-vite et sa bande de potes.


C’est moins une nostalgie du travail bien fait et de ses premières amours qui anime « #Chef », et c’est l’occasion de constater que Favreau n’a rien perdu de sa gouaille en tant que metteur en scène. Ni de son talent pour aller caster de vrais seconds rôles, dosés juste ce qu’il faut : à ce titre, guettez Amy Sedaris en attachée de presse spécialisée dans les crises. En partant d’un chef avec un certain ego, Carl, mais surtout un vrai succès pérenne et en le faisant virer suite à une crise de communication impliquant un critique qui le dégomme et met en danger la réputation de son restaurant.

CHEF

La finesse de « Chef » tient à son appropriation mesurée du fonctionnement des réseaux sociaux. Favreau a plus de compétences pour intégrer le fonctionnement de Twitter et de la campagne virale, et même si le coeur du film est la manière dont Carl va réussir à se reconnecter avec son fils, la stratégie de com et les erreurs de Carl sont crédibles. Et, contrairement à un Sorkin et sa volonté de trivialiser les opinions des twittos « en pyjama », Favreau ne prend jamais le succès comme l’échec d’une campagne virale de haut, et arrive à puiser des dialogues croustillants de ce fait. Et l’autre finesse, c’est d’accompagner les multiples scènes de préparation des plats d’une bande-son très chaude, entre standards salsa et reprises groovy et futées de Brass Bands de « Sexual Healing ». Elles mettent en relief le punch culinaire des plats de Carl, comme la frénésie du food truck qu’il retape entièrement. Une idée simple mais qui ravive les sens et donne de la fraîcheur au film.

Alors, on peut reprocher à « Chef » les travers habituels du feelgood movie, à savoir une fin un peu trop sucrée et un personnage qui retourne sa veste pour entériner le parcours et les accomplissements de Carl. Ou une Sofia Vergara dont les scènes sont un peu trop attendues. Mais le food truck de Carl tout comme « Chef » réussissent à rassurer quant à une carrière un peu trop Hollywoodisée de son réalisateur et acteur principal.