Un actioner américain décérébré et épileptique de plus? Ce serait mal connaître Keanu Reeves, qui opère un virage intense en tueur taciturne dans « John Wick ». La vraie surprise du mois, à mille lieues des franchises « Taken »…

Un homme perd sa femme. Un cancer. Il roule en Mustang 1969 rutilante et très bien conservée. Sur son perron, il trouve un adorable chiot, ultime cadeau de sa femme à son perron. Une raison de se raccrocher à la vie et de prendre soin de quelqu’un. A la station-service, il est importuné par quelques malfrats russes qui flashent sur sa voiture. Ils le retrouvent. Le passent à tabac. Tuent son chiot et prennent sa voiture. Mauvais choix.

En ami prévoyant du protagoniste, Willem Dafoe fait partie des multiples seconds rôles donnant du cachet à "John Wick". Crédit : Metropolitan Filmexport

En ami prévoyant du protagoniste, Willem Dafoe fait partie des multiples seconds rôles donnant du cachet à « John Wick ». Crédit : Metropolitan Filmexport

« John Wick » ne prend pas de gants pour nous signifier que ce ne sera pas un « revenge flick » classique. En effet, le mafieux russe Iosef (incarné par le toujours efficace Michael Nyqvist) dont le rejeton a piqué la caisse de John Wick ne manque pas de l’informer de la grossière erreur tactique qu’il a commis. Wick est un ancien homme de main, une machine à tuer qui a payé la plus grosse dette possible pour se sortir de cette sale vie. Et il n’a effectivement plus rien à perdre, peu importe le contrat naturellement lancé sur sa tête par Iosef.

Chad Stahelski, ancien chorégraphe de combat, ne plaisante pas avec sa première réalisation. Et il a à coeur de créer un monde hard-boiled où le focus sera porté sur les factions criminelles qui règnent sur la ville. Pas de flics ou d’agents fédéraux pour venir gâcher la fête : ici, c’est un règlement de comptes entre un parrain qui n’avait pas vraiment besoin de ça, et un tueur surentraîné qui connaît toutes les règles. Déjà vu ailleurs? Certainement pas avec cette intensité.

Compte à rebours avant amoncellement de cadavres. (Crédit : Metropolitan Filmexport)

Compte à rebours avant amoncellement de cadavres. (Crédit : Metropolitan Filmexport)

Pas de niveaux à passer ici : John Wick a déjà rencontré le « final boss », même s’il en a après son fils (l’excellent Alfie Allen, alias Theon Greyjoy dans Game Of Thrones) et Reeves offre une composition bien différente de ses compères, qui élève le scénario un poil au-dessus du film de « yakayos » cher à Yannick Dahan. Ses répliques qui tuent, il ne les sort pas avec du second degré, il les éructe comme un Dirty Harry plus appliqué. Après deux flops cuisants, dont sa propre réalisation « Man Of Tai Chi », il exécute ses longues séquences de massacre avec classe internationale, utilisant arts martiaux, armes blanches et gros calibres avec une même dextérité. Une discipline dûment appelée « gun fu » par ses créateurs, qui ajoutent à leur sens du fun un sens du repérage absolument essentiel à ces scènes d’action.

L’autre atout de « John Wick », c’est sa galerie de seconds rôles qui élèvent les dialogues et dont la présence met du baume au coeur : de John Leguizamo à Willem Dafoe en passant par deux têtes connues de « The Wire », dont une dans un hôtel-sanctuaire pour criminels respectables, « John Wick » sert ses dialogues souvent pachydermiques aux petits oignons. Seul point noir : une Adrienne Palicki qui est beaucoup trop anecdotique en tueuse à gages, malgré ses quelques ressources. Et emballe un maximum de divertissement et de badassitude dans 90 minutes, ce qui est une base solide.

« John Wick » redonne ainsi de la prestance à un Reeves qui ne joue plus les mêmes gammes, et se plie en quatre pour sortir des combats téléphonés. Avec une dégaine rappelant un peu le Mad Dog de « The Raid », il parcourt le film avec une implication qu’on ne lui soupçonnait pas. Seuls ses prochains projets pourront confirmer s’il s’agit d’un retour en grâce.