Prix du public au dernier Festival du Film de La Roche-Sur-Yon, « Vincent N’A Pas d’Ecailles » entend donner un peu de fantaisie et de décalage aux histoires de superhéros. Le premier film de Thomas Salvador ne prétend pas être un « Kick-Ass » à la française… mais ne prétend pas être grand-chose tout court.

Les histoires d’origines des super-héros sont aisément un terreau à pastiches, parodies et autres pantalonnades en tout genre. La dernière en date, « Vincent N’A Pas d’Ecailles », propose de voir un quidam vaguement manutentionnaire par intérim, quelque part au-dessus des gorges du Verdon. Déjà un bon nageur, il développe de plus en plus d’attirance pour l’eau…. et on l’a déjà compris avec le titre, va devenir une sorte d’Aquaman sans le trident. Puis il rencontre Lucie, et ils tombent amoureux, mais il peine un peu à lui avouer ses superpouvoirs acquis on ne sait trop comment. L’histoire de Thomas Salvador, qui se met en scène pour sa première réalisation, est absolument basique, et déjà vue ailleurs. A partir de ce canevas, il pourrait partir dans n’importe quelle direction. Ce qui nous est servi en 80 minutes qui en paraissent 2 fois plus, c’est juste un surplace cinématographique bien pataud.

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« Vincent N’A Pas d’Ecailles » a pris l’excuse du pastiche pour son teaser, « garanti sans effets numériques » et présenté il y a quelques semaines au Showeb. On regrette que ce ton ne se retrouve pas dans le film fini : Salvador et son regard un peu paumé, un tantinet innocent, est plus témoin de sa transformation qu’il n’en est acteur. Au point qu’il semble quasiment s’excuser de mettre des gags, ou de honteusement amorcer des séquences qu’il ne semble jamais vouloir boucler. On le voit donc faire trempette, nager de plus en plus vite, et on peut s’attendre que dans la photo estivale et le clair-obscur léché qui magnifie le Verdon (non pas qu’il en ait besoin outre-mesure), Flipper le dauphin fasse un cameo. Mais que nenni. Il n’en sera rien, et le film tourne à vide ou presque, et avance à pas d’escargots.

Avec son air de ne pas y toucher, Vincent et son alter ego réalisateur font le vide autour d’eux : Lucie, la fameuse copine de Vincent, jouée par Vimala Pons (vue dans « La Fille Du 14 Juillet ») ne semble exister que pour être cette amante fraîche et festive, et n’a aucune raison d’exister par ailleurs, au contraire d’une Loïs Lane ou Mary Jane Watson, puisqu’après tout on suit les lieux communs du genre. Et on passera sur la nudité gratuite pour signifier leur alchimie commune, d’un grotesque assumé. Ni film indépendant façon film de vacances en plein Var, ni commentaire distant et gouailleur sur le-mec-qui-se-découvre-des-superpouvoirs, « Vincent N’A Pas d’Ecailles » est un film constamment aux abonnés absents, très peu drôle, souvent à peine comique. Le seul défaut dont il ne dispose pas, au final, c’est sa prétention, tant sa vacuité en devient touchante. On ne peut d’ailleurs que le classifier de navet et non pas de nanar, rien dans les effets numériques ou la réalisation n’étant vraiment incompétent par ailleurs. Courage, fuyons. Si possible à la nage.

Sortie le 25 février 2015.