En donnant coeur et corps à leur conte mexicain autour d’un triangle amoureux et des exploits du titulaire Manolo, Jorge Gutierrez n’accouche malheureusement que d’un long-métrage d’animation désespérément plat et empêtré dans des bons sentiments.

Des enfants dissipés visitent un musée avec une guide qui va les captiver en leur racontant la titulaire légende de Manolo, une des multiples tissés autour du folklore mexicain, incluant le Dia de Los Muertos. A partir d’une séquence bête et méchante d’exposition, on sait déjà que parmi la pléthore de longs-métrages d’animation de cette année, « Manolo » (« The Book Of Life » en VO) va nous prendre par la main. Les lieux que nous allons visiter vont nous prendre par la main, les divinités s’affrontant et manipulant notre trio de personnages aussi.

« La Légende de Manolo », c’est donc l’histoire du destin de Manolo, Joaquin et Maria. Les deux premiers courent après la troisième depuis leur plus jeune âge, mais le triangle amoureux n’est qu’une partie de l’histoire racontée par Gutierrez et son omniprésent producteur, Guillermo Del Toro. L’ombre du réalisateur de « Hellboy » est de tous les plans, du soin particulier apporté à la palette de couleurs acidulée et pop comme des bonbons à l’utilisation de plusieurs réguliers (l’incontournable Ron Perlman en Xibalba).

Manolo, le héros, a donc des troubles qui le font refuser d’être toréador, brisant ainsi la lignée familiale ancestrale; lui souhaite plutôt être chanteur. Gutierrez a la bonne idée de recycler de façon ludique des tubes archiconnus, mais dès que les chansons originales signées Paul Williams font irruption, le film s’empêtre dans une guimauve sincère mais pâteuse.

Le design des personnages semble assez taillé pour la stop-motion, un tout petit peu comme des marionnettes réalisées en 3D et avec têtes surdimensionnées. Osons-le carrément : rien dans l’univers de « Manolo » ne nécessitait absolument une réalisation qui ne soit pas en 2D ou dans une technique d’animation plus traditionnelle. En réalité, les personnages ressemblent à ceux de la pub Fanta dans leurs mouvements. Ce qui peut lasser sur un long-métrage d’une heure et demi rempli d’aventures, et avec des personnages plutôt mieux fouillés dans leurs contradictions qu’il n’y paraît.

Alors que retenir? Quelques belles trouvailles visuelles : Gutierrez arrive à maintenir le rythme et l’intérêt de son long-métrage, sans trop de sidekicks comiques, et en gérant le passage d’un monde à l’autre sans trop de dégâts. Le côté truculent du Monde des Oubliés est assez bien retranscrit, et la personnalité du personnage de Maria, plus futée et déterminée à ne pas se laisser enfermer dans son rôle de « demoiselle en détresse », sont de très bons points.

Mais parmi les sorties « familiales » de fin d’année, « Manolo » a du mal à se frayer une identité propre au-delà des convenances. Si la morale très sincère et touchante de se forger son propre destin est censée aller droit au coeur, elle est délayée dans un océan maladroit de clichés, malgré toutes les bonnes intentions de relecture moderne du conte.