On le sait, Steven Moffat est un fan absolu de Doctor Who. Mais un fan qui a de la suite dans les idées : il a crée les Anges Pleureurs, les Silence.. Voici une nouvelle création, toute en majesté.

Dans cet épisode, donc, le Docteur et Clara, à la suite d’une énième aventure, se préparent à se séparer quand ils se rendent compte… que le TARDIS a rétréci ! Scène cocasse mais surtout totalement inhabituelle, qui va bouleverser l’ordre établi. Et ce, encore plus quand les deux personnages réalisent que les murs ont des oreilles…

Steven Moffat avait déclaré vouloir faire de Clara l’héroïne de cette saison. Cela s’est vérifié à travers notamment l’épisode Kill the Moon, où c’est Clara qui prit la décision finale pour l’humanité. En outre, la compagnonne du Docteur prend un rôle à part entière dans les aventures temporelles, de façon bien plus forte qu’un Rose Tyler par exemple. Elle n’hésite d’ailleurs même pas à se construire une vie indépendante et amoureuse, une vie où le Docteur ne peut (ou en tout cas n’a pas encore pu vraiment) faire intrusion de son plein gré. Le Docteur a compris qu’il avait besoin de Clara, mais pas au point de complètement l’étouffer de ses assiduités : c’est la relation beaucoup plus père/fille qui est ainsi à l’oeuvre dans cette saison 8.

doctor who

L’épisode pousse encore plus loin le concept en renversant la table et en inversant les rôles : le TARDIS touché par l’intrusion sur Terre d’une mystérieuse espèce, se voit miniaturisé. Cette mystérieuse espèce absorbe toute forme d’énergie, et notamment celle du vaisseau du Docteur. Le TARDIS miniaturisé, le Docteur finit par ne plus pouvoir en sortir, et doit se résoudre à d’une part donner à Clara son tournevis sonique et son papier psychique, et d’autre part se borner à un rôle de consultant/aide stratégique version Minimoy. C’est donc Clara qui a le beau rôle ici, et c’est Clara qui va s’occuper de l’affaire dans son intégralité (n’hésitant pas à se considérer comme étant « Le Docteur »). Cela nous offre des scènes hilarantes, entre un Docteur grincheux à l’ironie noire, et une Clara jubilatrice mais néanmoins sur le qui-vive, cette situation étant inhabituelle. L’épisode explore également un peu plus sa veine théâtrale, que l’arrivée de Capaldi avait créée, et met celui-ci en scène comme le personnage caché, qui voit tout et qui d’une certaine manière contrôle tout… jusqu’au moment où il est mis hors d’état de nuire. Le tout dans une ambiance très tragi-comique, les scènes de tension jouxtant les scènes plus détendues Cette mise en abyme de la gestion des personnages accouche d’un épisode très plaisant. En effet, si le Docteur reste en retrait, et dont l’action est limitée par le champ de vision de Clara, il n’en reste pas moins un personnage profond, mais un personnage ici malmené, bousculé jusque dans ses plus intimes fondations, littéralement (le TARDIS) et dans tous les sens (lui-même). Pendant ce temps, Clara, loin d’être la cruche qu’on pourrait soupçonner, joue avec astuce de ses talents et de ses capacités apprises auprès du Docteur, dont un coup de génie fabuleux sur la fin.

Quant au nouveau « trick » de Moffat, il consiste à utiliser les images de synthèse pour à la fois rester dans l’esprit de la série en ne sombrant pas dans le « blockbusterisme » absolu, et à la fois créer des ennemis assez terrifiants, comme il en a le secret. Ceux-ci se rapprochent plus de l’espèce qui sévissait dans le double épisode Bibliothèque des Ombres, dans la saison 4 (dans un scénario signé par Moffat), puisque ces monstres version 2014, n’ayant une vision du monde qu’en 2 dimensions, « absorbe » les habitants afin d’accumuler assez d’énergie pour apparaître finalement en 3D. Mais comme on ne change pas une recette qui gagne, Moffat garde l’astuce de ne pas dévoiler le visage de ces créatures, les représentant seulement comme venant de l’ombre et manipulant leurs victimes. Ainsi, c’est le spectateur qui se fait un fantasme de ce que ces espèces peuvent bien être.

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Un nouvel épisode bien comme on les aime, bien porté par la nouvelle très bonne performance de Jenna Coleman, toujours charismatique dans son rôle d’intrépide indépendante, mais aussi parcelle tout aussi bonne de Peter Capaldi et son »shakespearianisme » si plaisant au fil de la saison. A noter, son monologue final jouissif,devenu une petite marque de fabrique de chaque Docteur. Le bémol de cet épisode ? Des personnages secondaires franchement… secondaires, seulement présents comme sacrifice aux ennemis, mais que des poupées de chiffon auraient très bien remplacés. Leur seul moyen de gagner un peu plus de profondeur n’est qu’évoqué très brièvement au travers d’une phrase lancée à la volée, ce qui est bien dommage. Le personnage de Rigsy, taggeur invétéré en pleine rédemption dans la société, symbolise cette artificialité, dont il n’arrive même pas à se débarrasser par un sens du sacrifice. Une dernière chose qu’on avait pas remarqué dans les précédents épisodes : un faux raccord étonnant ! En effet, Peter Capaldi apparaît dans certaines scènes avec une coupe de cheveux qu’on lui connaît depuis le début de la saison, mais dans d’autres, il a les cheveux coupés courts ! Chose inhabituelle qui ne nous aura toutefois que fait sourire.

Le genre d’épisode qu’on voudrait chaque semaine. Steven Moffat, tu sais ce qu’il te reste à faire ! A la semaine prochaine pour…

In the Forest of the Night

Step back in time…