Après « Hippocrate » et « La Vie d’Adèle », deux acteurs presque déjà confirmés, Reda Kateb et Adèle Exarchopoulos,  se retrouvent sous la caméra « vierge » de Marianne Tardieu, qui n’en est qu’à son coup d’essai dans la réalisation. Quid de ce premier film qui sort le 12 novembre ?

Chérif, jeune adulte, vit une vie inaccomplie en tant que vigile d’un centre commercial, et rêve de devenir infirmier. Ses rêves, ses espoirs, sa relation amoureuse se retrouve bientôt perturbée par trois jeunes qui le harcèlent. La nuit où il décide de demander de l’aide, il ne se doute pas que sa vie va basculer…
Le Synopsis

Il est des films qui partent perdants dès le début, avec une mauvaise idée et une mauvaise manière de la traiter, comme il existe l’inverse, un film réussi qui, en plus de porter un message novateur et ambitieux, s’accompagnent d’une belle mise en scène. Bien sûr (ce ne serait pas drôle sinon), « Qui Vive » est un cas à part si on se base sur cette distinction.

Le film de Marianne Tardieu commence en effet très bien. Semblant traiter du sujet intéressant, important mais surtout trop négligé au cinéma, du harcèlement, il touche en effet le spectateur dès les premiers plans : si on nous montre Chérif (Reda Kateb) harcelé par des jeunes caïds en manque de figure parentale, ce n’est cependant pas dans la dénonciation par la violence visuelle qu’il le fait, mais bien par de « simples » insultes, regards et, rarement, coups. On est donc loin de la vision Collège Boy d’Indochine (qui parvenait pourtant à interpeller, mais d’une manière plus visuelle qui fonctionnait toi aussi bien), et le film s’installe doucement dans cette atmosphère de tension, accompagnée de quelques éclats de bonheur. La première partie promet donc un film bien tourné sur le harcèlement, trop rare, on le répète, dans ce cinéma, et surtout porté par la performance, une fois de plus, parfaitement menée et très juste d’un Reda Kateb toujours brillant.

qui-vive

© La Vie est Belle – Oriflamme films

Malheureusement, et c’est là que le bât blesse, à partir du moment où, comme dirait le synopsis du film, la « vie de Chérif bascule », le film bascule aussi, et ce n’est pas à son avantage. En effet, la seconde partie, dont on ne divulgera rien, pour ne pas gâcher la tentative plutôt vaine de Tardieu de trouver des rebondissements inutiles pour son histoire, tourné brusquement au pathos, voulant absolument faire comprendre au spectateur à quel point son personnage principal, malgré ses mauvaises actions, est un homme bien. Ce désir absolu de nous faire prendre parti pour Chérif nous prive ainsi de toutes réflexion, nous obligeant ainsi à observer des gros plans vus et revus sur son visage désespéré… qui, le pauvre, n’est compris par personne.

Le film souffre par ailleurs d’un autre problème, et c’est son côté bâclé. En effet, comme la réalisatrice s’en targue de manière incompréhensible, le film a été tourné dans la précipitation, et ça se sent surtout lors de l’épilogue, non seulement attendu et prévisible mais surtout, c’est vraiment la sensation que l’on a, jeté à la fin du film sans aucune explication ni lien avec la scène précédente. Une sorte de « Producer’s cut » à la « Alien 3 », donc, avec la seule différence que la réalisatrice est ici seule responsable. En pâtit également, sacrifiée scénaristiquement en milieu de film pour ne la revoir que dans une scène de la seconde partie, se plaindre du comportement de Chérif (le pauvre…). Un mot de la mise en scène, d’une caméra aussi banale que l’est la musique du film, sans doute elle aussi choisie rapidement après coup.

Un petit film, donc, joué par de grands acteurs, qui change de cap mystérieusement en cours pour ne jamais revenir sur le droit chemin. Dommage…