Troisième fournée de la nouvelle égérie de la FOX, et le papillon attendu n’est toujours pas sorti entièrement de son cocon. Malgré un épisode entreprenant, quelques maladresses subsistent.

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL

Dans l’épisode précédent, James Gordon démantelait efficacement un réseau de trafic d’enfants. Parmi ces enfants, Selina Kyle, la future Catwoman, haute comme trois pommes et avec plus d’un secret en mémoire. Celle-ci révèle après-coup qu’elle a vu qui a tué Thomas et Martha Wayne…


 

Dans ce troisième épisode, Selina emmène Gordon sur les lieux du crime, mais celui-ci est dubitatif. Au même moment, un homme mystérieux et masqué surnommé le Balloonman se fait justice lui-même en accrochant ses victimes à des ballons météo, les faisant s’envoler dans le ciel. Parallèlement à tout ca, Oswald Cobblepot, il essaie de se faire discret et incognito, bâtissant son projet pierre par pierre, mais tout n’est pas toujours facile…  Barbara Gordon, elle, jongle entre une ancienne histoire compliquée et le boulot de son fiancé qui semble avoir une influence particulière sur lui… Quant à Fish Mooney, elle tente de gérer à la fois prudemment et impitoyablement son business face au tout-puissant Carmine Falcone

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Vous l’aurez compris, beaucoup d’intrigues s’entremêlent dans Gotham. Maintenant que la série s’est lancée, la toile d’araignée (ou l’ombre de la chauve-souris ?) s’étend peu à peu. En installant méthodiquement son atmosphère sombre et glaciale, Gotham a adopté lastratégie du « doucement mais sûrement », une sage décision allant de pair avec l’envie d’installer une nouvelle mythologie autour du personnage de James Gordon. On a d’ailleurs une petite référence « fan service », qui semble devenue une habitude maintenant, avec les scènes entre le jeune Bruce Wayne et l’expérimenté Alfred (Sean Pertwee ressemble de plus en plus à son père dans son interprétation, en témoigne son jeu à l’épée de bois avec Bruce). Aujourd’hui, c’était le regard pensif de Bruce en écoutant les mots de la journaliste à la télévision : « Qui sera le justicier de Gotham? »

On est ici en présence d’une intrigue accrocheuse et vraiment intéressante, qui sait habilement nous cacher jusqu’à la fin l’identité du meurtrier. Le modus operandi ainsi que la faculté du personnage à se voiler aux yeux du public sont réussis. Néanmoins, la chute est trop brève, trop précipitée, trop bâclée : en une minute à peine, la situation est réglée, et on est déçus d’un final si rapide qui aurait mérité un peu plus de complexité. Néanmoins, la série ouvre un débat intéressant et assez paradoxal : ceux qui font justice eux-mêmes amènent le chaos, car si tout le monde faisait ainsi, il n’y aurait plus de loi, plus de contrôle. Paroles quelque peu étranges quand elles sonnent dans la bouche d’un Gordon amené plus tard à aider et protéger Batman. Mais dans le même temps, le jeune Bruce, futur héros de la ville, déclare lui que ayant tué, le Balloonman est lui aussi un criminel. La série préfigure donc avec malice ici le futur affrontement entre Batman et la police, mais a surtout le mérite de respecter la ligne chronologique originelle de Gordon en le faisant d’abord réticent à l’idée de ces défenseurs autoproclamés et « self-made-men ».

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Malgré ces bonnes idées, on regrette que la série ne prenne pas un schouïa plus de risques. Si l’épisode est bien rythmé, avec les fameux « cliffhangers de mi-épisode » pré-publicité, le pitch joue les montagnes russes : le coup de la stratégie « on fait doucement monter la tension jusqu’à arriver au climax, puis cliffhanger » marche une fois, mais pas deux, et voir la tension, justement, ne pas rester à son paroxysme brise totalement l’attente du spectateur dans le mauvais sens. L’épisode donne l’impression de devoir plusieurs fois reprendre son souffle : on passe d’une révélation d’un assassinat du Ballonman à une rencontre quasi-inutile (comme toutes pratiquement toutes les scènes où apparaît Jada Pinkett Smith, dont la performance est avilie par la manière dont elle est dirigée) entre Falcone (encore à l’état de figure de terreur peu active) et Fish Mooney. Le seul personnage s’accommodant bien de cela est Oswald Cobblepot, dont l’ascension criminelle et l’espèce de schizophrénie patente l’entourant rendent son fil scénaristique intéressant à suivre.

Malgré tout cela, les acteurs ne flottent pas à la dérive. On a évoqué la trop mécanique (mais c’est son rôle qui a clairement voulu ça) Jada Pinkett Smith et l’angoissant Oswald Cobblepot ( Robin Lord Taylor ) ainsi que le sympathique Sean Pertwee jouant Alfred. Ben McKenzie, quoique parfois trop « sérieux » dans son expression, reste un Gordon attachant, bien épaulé par un Bullock (Donal Logue) délicieusement kiffant.

Dotée d’un potentiel indéniable, la série peine encore à le concrétiser. A charge de le faire par la suite !