Vendredi soir dernier, le 3/10, avait lieu au cinéma Max Linder une grande manifestation en l’honneur du dernier film estampillé « James Wan » (sans être toutefois réalisé par lui), Annabelle. Bénéficiant d’une production stupéfiante, le film était précédé d’une séance photo avec la poupée au centre du film, d’une déambulation d’une personne en cosplay en rapport avec le film, ainsi que, pour les plus chanceux, une interview pour une chaine de télé nationale.

Au delà donc d’un film réussi, la soirée elle-même le fut. Passons maintenant sans plus tarder à la critique !

Depuis le retour triomphale de James Wan au cinéma d’horreur il y a quelques années avec « Insidious » (4/5 ans après Dead Silence et Saw) , on a pu assister à une renaissance de l’épouvante, de par des productions malignes et terrifiantes. Fort de ses deux « Insidious » et de « Conjuring », le nouveau maître de ce type de cinéma laisse pourtant ici la main à John R. Leonetti, habituel chef-opérateur de ces productions, et réalisateur d’un ou deux Direct to DVD à oublier (Mortal Kombat Destruction et L’Effet Papillon 2 pour ne pas les citer). Pari risqué, me direz vous, avec raison. Mais parfois le risque, ça paye.

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©Warner

« Annabelle » est en effet une réussite. Si le film prend le parti de se situer dans la continuité de « Conjuring » (il s’agit plus exactement d’une préquelle), ce dernier peut se targuer d’être dans la glorieuse lignée de son prédécesseur. Terreur véritable et bien menée sans trop de screamers abusifs, c’est bien ce qui fait la qualité de ce nouveau chef-d’œuvre de la terreur, bien loin, par exemple, de l’immonde purge soit-disant horrifique récente « Mr Babadook« . Le film, tout d’abord, vient où on ne l’attendait pas en faisant preuve d’une véritable maturité, abordant des thèmes graves et très sérieux (la paternité et maternité, le traumatisme qu’il engendre et le meurtre) sans les dénaturer par les habituels artifices. Ici, la peur est réaliste et cloue vraiment fauteuil.

Si la mise en scène n’a rien de vraiment exceptionnel (l’éclairage blafard de Wan manque un peu), Leonetti fait preuve d’un très bel imaginaire, profondément original et surprenant (le démon porteur de la poupée, l’entrée en matière jamais vue et épouvantablement violente, mais surtout l’incroyable scène de l’ascenseur). Il n’hésite pas à choquer si il le faut et à dépasser les simples apparitions spectrales, créant ainsi une ambiance glauque terriblement efficace, même dans les simples scènes d’exposition et de discussions. Ce sentiment d’une atmosphère maîtrisée se ressent aussi au niveau de la gestion de la poupée : on aurait rapidement pu tomber dans le cliché engendré par les premiers Chucky (et qui fonctionnait terriblement mal dans le dernier volet), mais ici la poupée ne bouge pas, se contentant de changer viscéralement d’apparence durant l’avancée du film, créant ainsi un véritable sentiment d’angoisse. La musique accompagne bien cette atmosphère ténébreuse.

Au niveau du jeu d’acteur, Leonetti nous fait la surprise de se placer en grand directeur: Annabelle Wallis est parfaitement convaincante dans son rôle de femme enceinte un peu dépassée par les événements, et Ward Horton, son mari dans le film, colle parfaitement à ce rôle un peu entre deux chaises (à la fois aimant et irresponsable). Le prêtre habituel, interprété ici par Tony Amendola est quant à lui convenable. Un petit bémol cependant : on a du mal à percevoir l’intérêt du personnage d’Alfre Woodard, qui n’est sans doute pas assez bien traité en ce qui concerne son passé, et arrive un peu en fin de film comme un cheveu sur la soupe.

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©Warner

Si les relents un peu catholiques de ce film (et, en général, des Wan récents du même genre) pourront gêner le plus athées d’entre nous, le film se permet toutefois de s’assortir d’un certain pessimisme, qui manquait un peu au premier Conjuring, qui s’accompagne d’un léger nihilisme. Sans oublier de raccorder habilement les wagons avec son prédécesseur (de belles références et clins d’œil attendent les fans), Annabelle se permet ainsi de s’éloigner un peu et de proposer une solution moins facile, sans non plus tomber dans le vrai pessimisme de Sinister. C’est dans cette création d’une belle mythologie Blum-House que le film de Leonetti s’inscrit, bien plus intéressante et pensée que les mythologies un peu faciles des productions, par exemple, Marvel. Ici, le clin d’œil n’est pas trop appuyé et les passerelles sont à deviner, c’est dans cette subtilité que s’inscrit Annabelle, Conjuring et, espérons le, les prochains BlumHouse.

Enthousiasmant, donc, un film qui permet par ailleurs de s’affranchir y cliché « vu que c’est parce que c’est un chef-op c’est naze »: Leonetti a bien grandi et sait faire du cinéma. Et surtout, il sait faire peuf. Et c’est le principal, non?

A.M.D