C’est la mi-saison pour Doctor Who ! Et pour marquer l’évènement, quoi de mieux qu’un petit mystère sur une planète symbolique, la Lune ?

Petit évènement ! Le Docteur et Clara accueillent un nouveau passager à bord : Courtney Woods, une élève de Clara, qui avait découvert que le Docteur/concierge n’était pas franchement un employé comme les autres dans les épisodes précédents. Alors que le premier voyage en TARDIS de Courtney s’était fini par des remontées gastriques (soyons classes dans la formulation), le Docteur ne la trouve pas assez spéciale pour rester à bord sur le long terme. Clara n’est pas de cet avis, surtout quand les conséquences de son voyage spatial amènent Courtney à faire quelques bêtises… Pour mettre fin à toutes ces jérémiades, l’irascible Docteur l’emmène faire un tour sur la Lune. Problème : un autre équipage y est déjà, mais pas pour un voyage d’agrément. En effet, la Lune a un problème, et ces astronautes veulent la faire sauter…

kill the moon

Crédit BBC

Après l’épisode plutôt « light » (si on peut dire qu’un simple robot tueur comme antagoniste est « light » dans Doctor Who, comparé à des Daleks ou des Cybermen) de la semaine dernière, retour en plein oeil du cyclone pour nos voyageurs temporels préférés. Cet épisode est le deuxième à n’être pas écrit par Moffat, mais sa patte est toujours là : il a demandé au scénariste, Peter Harness, de rendre la première moitié de l’épisode effrayante et nous avons en effet droit à des séquences plutôt frissonnantes, dans la mesure où des araignées mutantes se trouvent sur la Lune. Pourquoi, vous verrez, mais si vous êtes araknophobe, tenez-vous prêts !

Cet épisode réinvente le concept de « substantifique moëlle » : à l’extérieur, c’est un épisode somme toute ordinaire, avec des éléments qu’on peut reconnaître comme venant d’autres épisodes (La Conqûete de Mars, Fires of Pompeii etc), des protagonistes, un surgissement du surnaturel etc. Mais si on creuse pour voir ce qu’il y a en dessous, ce qui est dit en filigrane, on y trouve un peu plus. Ici, ce n’est pas tant « l’ennemi » arachné, assez classique dans le genre terrifiant, qui va rendre l’épisode foufou (à part peut être donc pour créer des crises d’angoisse chez ceux qui n’aiment pas ces bébêtes). A vrai dire, ce n’est pas l’ennemi principal : l’ennemi, c’est le dilemme. Le tout début de l’épisode montre Clara et Courtney, ainsi que l’astronaute Lundvik, toutes abandonnées par le Docteur, face à ce qui sera un choix « humain », et non guidé par un extraterrestre : une vie contre l’humanité toute entière. Et l’épisode, après l’intensité primaire de la première moitié causée par l’araignée (et mêmes leS araignées…), passe à l’intensité secondaire, celle du cas de conscience. Il en va de même pour les personnages : ce n’est pas tant leur attitude face au danger imminent qui les menace qui importe, c’est leur intériorité, comment ils se révèlent face au choix.

kill the moon

Crédit BBC

Dans cette intelligente mise en scène, c’est Jenna Coleman qui remporte l’Emmy de la meilleure actrice que nous lui remettons personnellement. Incroyable d‘authenticité, as usual, jouant sur plusieurs cordes, et à différents degrés de sensibilités, la compagnonne du Docteur pique toutes les lumières et les vivats de la foule à son collègue Docteur (en même temps, celui-ci s’est déresponsabilisé de ce choix sous prétexte juridico-temporel, mais quand même). On dirait que son interprétation s’améliore de semaine en semaine, à un niveau qu’on n’a pas vu dans Doctor Who depuis l’invincible David Tennant. Comme son personnage, Jenna Coleman prend de l’assurance face au « grumpy » Docteur, dont le climax est atteint à la fin de l’épisode (pas de spoiler !). Quant à Peter Capaldi, si son personnage prend la poudre d’escampette, c’est de toute manière de façon théâtrale (sûrement l’adjectif qui le définit le mieux, en témoigne son espèce de loghorrée folle et hilarante sur sa propre condition à son arrivée sur la Lune) et magistrale. Après tout, le Docteur n’est-il pas celui qui ne veut, et ne doit, rien avoir à faire avec les choix temporels cruciaux ? La dernière fois qu’il l’a fait (fin de saison 4), cela s’était mal fini… Signalons enfin la présence estampillée « jeune » de Ellis Bridge, alias Courtney Woods, personnage à qui on a de prime abord envie de coller une baffe, mais dans lequel on finit par se reconnaître que trop bien : que ferait-on si on voyageait dans une cabine de police spatiale, avec un vieux monsieur extraterrestre bizarre et sa prof, dans le temps et l’espace ? On toucherait à tout, d’un air à la fois émerveillé et terrifié. Elle est le troisième représentant de la mini-pyramide générationnelle, dont les autres membres sont Clara et le Docteur.

Un épisode donc dans l’esprit de la série : sympathique à l’extérieur, profondément passionnant à l’intérieur.

Next time on Doctor Who : Mummy on the Orient Express,

Step back in time…