La série Gotham lâche un peu plus les chevaux dans ce deuxième épisode, après un pilote timide

ATTENTION SPOILER TRANSITIONNEL :Dans ledit pilote, nous faisions connaissance avec James « Jim » Gordon, nouveau DI de Gotham. Et quoi de mieux pour lancer sa carrière que le meurtre des parents Wayne ? Cette sombre affaire l’a amené à découvrir que Gotham est de loin la ville la plus corrompue des Etats-Unis, du flic jusqu’au maire. Forcé de s’y plier sous peine d’y rester, il doit exécuter, pour « entrer dans le programme », Oswald Cobblepot. Néanmoins, il parvient habilement à éviter cela en faisant juste semblant de le tuer.

Dans ce deuxième épisode, Gordon doit composer avec sa conscience morale, puisqu’il essaie de garder le secret intact auprès de Bullock et de ses collègues officiers, mais aussi auprès de sa fiancée Barbara, et doit jouer prudemment son jeu sévère mais juste face aux caïds, et en particulier Fish Mooney qui le surveille de près. C’est dans cette ambiance qu’une affaire d’enlèvement d’enfants lui tombe sur les bras…

Gotham

©Warner

En se lançant sur les traces du passé de James Gordon, Gotham se devait de tenir un rythme et une atmosphère à la hauteur de la réputation du personnage (très bien interprété par Gary Oldman dans les films) et de l’ambiance créée par les comics. Après un pilote un peu timide, où les acteurs semblaient à l’étroit dans leurs costumes, ceux-ci ont laissé derrière eux ce passage obligé pour mieux se libérer. Et l’intrigue de se dérouler avec eux. L’ambiance sombre, les décors, les jeux de lumière sont quasi-parfaits (parfois tellement qu’on ne voit presque rien), ce qui donne l’impression de se retrouver dans un comics réservé à Gordon, où on le suit dans ses tribulations, poursuites, et autres visites de courtoisies chez Bruce Wayne. Mais pour faire fruictifier tout cela, il faut plus. On a ici un scénario somme toute bien mené et digne d’un comics (un respect indispensable dans ce genre d’adaptation), insistant beaucoup sur la corruption rongeant la ville, mais sans toutefois gratter plus qu’il n’en faut, ne cherchant pas à explorer les coins et recoins, les fonds et tréfonds, de cette organisation pourrie jusqu’à la moëlle, comme un House of Cards a pu le faire d’une certaine manière. Néanmoins, l’ensemble reste plaisant : ce que Gotham essaie de faire, de manière habile mais à notre avis encore un peu maladroite est de représenter dans sa plus grande clarté, sa plus grande netteté, à l’aide de plan larges afin de laisser la place nécessaire à l’environnement. Bon exemple dans cet épisode, la scène de l’interrogatoire souligne le contraste entre le virulent voire violent Bullock et l’intègre Gordon, et montre grâce à un plan large toute l’exiguïté de la pièce, rendant cela authentique. De même, les scènes de poursuite filmées caméra à l’épaule donnent une impression d’immersion dans l’action, et c’est cela que l’on recherche dans ce genre d’adaptations. Cela, couplé aux décors, rend la série agréable à regarder, et constitue une belle surprise pour une série mi-attendue mi- redoutée pour le traitement qu’elle comptait faire.

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©Warner

Quelques imperfections subsistent néanmoins : le titre, « Selina Kyle », est comme on l’a dit plus haut assez mensonger, la principale concernée ne révélant pas son nom et ne prenant un rôle véritablement qu’à la fin. Il est à souligner aussi le jeu encore un peu mécanique des acteurs : si Ben McKenzie (Gordon) semble monter en puissance, Donal Logue (Bullock) reste notre préféré des deux épisodes, avec sa capacité à jouer la virulence, affublée de sa barbe et de son « oeil fou », pour paraphraser Rabelais. Quant à Fish Mooney, elle se révèle être de plus en plus terrifiante, implacable, tel un de ces serpents qui sifflent sur nos têtes, pour reprendre Corneille. Pour un personnage n’ayant aucune existence dans les comics, elle est très efficace ! Il reste à parler du futur Pingouin d’une part, qu’on avait presque trouvé inutile dans le pilote avant que soit révélé son rôle, et qui ici semble avoir bien appris de son ex-maîtresse, psychopathe en puissance angoissant par ses yeux noirs et ses dents pointues. On termine avec la mention spéciale à Sean Pertwee, alias Alfred, qui rafraîchit ici d’ailleurs bien le rôle du majordome, d’une part car il est souvent dépeint dans les adaptations comme un sidekick très intelligent, mais seulement homme de l’ombre, et d’autre part car ici les rôles sont inversés : Bruce est plus dans l’ombre qu’Alfred, qui doit l’éduquer.

Gotham offre ainsi différentes perspectives très intéressantes, et démontre un potentiel surprenant. On attend encore mieux, mais la série est sur la bonne voie !