« Refroidis » est un polar norvégien qui bénéficie de la présence d’un des acteurs suédois les plus reconnus à l’international, Stellan Skarsgard. Cette histoire de vengeance envers la pègre urbaine est-elle du réchauffé?

Les films de vigilante suivent assez souvent un schéma psychologique classique, surtout lorsqu’il s’agit de retranscrire le trauma du héros qui va le pousser à l’impensable et une envie irrépressible de faire justice soi-même. Le nouveau film de Hans Petter Moland ne perd pas trop de temps : Nils (Stellan Skarsgard) a un emploi d’employé chargé de dégager les routes enneigées au nord d’une ville où sévit la pègre, très discrètement. Rien n’est forcément destiné à ce que les deux se rencontrent, sauf que leur fils est retrouvé mort par overdose. En réalité il s’est associé à un mauvais coup avec son pote, s’est retrouvé embarqué par deux bras droits et on lui a administré une dose létale de drogue avant de le larguer sur un banc, inerte. Le drame très sobre qui suit est des plus classiques : la découverte du corps, l’indifférence du légiste, une femme qui quitte le foyer…. L’engrenage est connu, et le scénariste de « Refroidis » (« In Order of Disapperance ») ne perd pas trop de temps à esquisser le portrait de Nils, citoyen-modèle qui va prendre le bourdon. Sauf que sa figure de vigilante est celle d’un prolo irascible, bouleversé dans ses habitudes, qui va se débarrasser un à un de tous les mecs à la solde de Greven, le malfrat local en apparence intouchable (Pal Sverre Hagen).


REFROIDIS – Bande-annonce VO par CoteCine

Skarsgard n’a pas le physique ou le regard badass d’un Charles Bronson en herbe. Par contre, il a beaucoup plus de détermination et de fougue que ses adversaires. La grande qualité de « Refroidis » c’est d’en faire une figure patibulaire qui a une mécanique toute simple pour piéger et tuer ses proies, et s’en débarrasser sans ménagement. Pas de punchlines, pas de combat à mains nues : Nils c’est un peu l’anti-Liam Neeson et son « particular set of skills » c’est juste son intelligence.

Crédit : Chrysalis Films

Crédit : Chrysalis Films

Dans « Refroidis », personne n’est invulnérable. Et l’anonymat relatif de ce justicier masqué, et le manque de mobile apparent avec lequel les hommes de main du réseau de Greven disparaissent va rendre fou ce dernier. La crapulerie ordinaire et les problèmes iniques de famille de Greven sont traités avec la plus grande distance par Moland, qui s’amuse (et nous avec) de cette petite frappe surprotégée et adepte des cinq fruits et légumes par jour. Au fur et à mesure, les fausses pistes s’amoncellent et son cartel commet une grosse bourde qui va attirer la mafia albanaise et son parrain Papa (Bruno Ganz, taciturne, grave et coiffé d’un bonnet, mais qui arrive à briller dans la deuxième moitié du film). Moland et son scénariste Kim Fupz Aakeson ont bien balisé leur jeu de massacre, et peu à peu les bumpers se multiplient avec le compte de cadavres et leur religion. L’humour noir de cette galerie est un peu les limites du film, mais on se laisse prendre au jeu et la descente aux enfers de chaque partie. Au passage, Moland n’oublie pas de brocarder la figure du tueur à gages surentraîné qui pèchera par excès de zèle, avec une introduction volontairement stéréotypée.

refroidis

Crédit : Chrysalis Films

« Refroidis » bénéficie surtout d’un très beau final, avec une belle gestion de l’espace et une certaine élégance dans le choix de cadres qu’on ne retrouvait pas jusqu’alors, tellement les séquences de rencontres inopinées et violentes font le sel de ce qui précède. Malgré le ton général très enlevé, il sait aussi gérer la tragédie en toile de fond de Nils, avec un Skarsgard qui sait réserver les bonnes notes aux bons moments dans sa composition. En somme, un beau moment de cinéma qui a le malheur de ne sortir que dans une poignée de salles cette semaine, malgré ses prix à plusieurs festivals, dont celui de Beaune.