Respectueuse de la littérature française, l’adaptation du roman graphique de Posy Simmonds nous fait découvrir une interprétation bien anglaise du roman de Flaubert « Emma Bovary ».

Anne Fontaine varie entre drame et comédie, et après un très ambigu (ou disons-le, carrément incompréhensible) « Perfect Mothers », elle revient avec « Gemma Bovery », qui reste très fidèle à l’ambiance légère et rêveuse du roman graphique. D’un côté, le « metteur en scène » de l’histoire, Fabrice Luchini, qui a délaissé Paris pour reprendre la boulangerie familiale dans un coin paumé de Normandie (il met la main à la pâte !), passionné de littérature classique (on sent que ça sonne authentique), qui réfléchit avec un regard perdu des heures durant (avec un petit air benêt)… Il n’y a pas à dire, on dirait du sur mesure. Et dans le rôle titre, qui d’autre que Gemma Arterton (qui a appris le français pour l’occasion) pour interpréter l’Emma Bovary des temps modernes, au charme british complet (habillée d’une french touch avec la robe à fleurs printanière), avec ce brin de flegme qui la rend élégante (et pleine de grâce naturelle) ? D’une, car elle a déjà joué dans la première adaptation d’une des œuvres de Posy Simmonds « Tamara Drewe » (où elle était d’une fraîcheur très agréable), et de deux car elle s’appelle Gemma, duh ! Là aussi, on croirait que le rôle a été écrit pour elle.

Gemma bovery

©Gaumont

 

Quant aux acteurs secondaires, ils sont relativement transparents tellement le film se concentre sur le conteur et le personnage qu’il met en scène. On a le droit à une version bourgeoise arriviste d’Elsa Zylberstein insupportable à souhait, à un Jason Flemyng cliché britannique trop absent, ainsi qu’à un petit châtelain blondinet dont on préfère oublier le nom qui n’a rien d’un Don Juan. Flaubert a déclamé que « Madame Bovary, c’est moi ! » eh bien, ce n’est pas faux, car chacun s’est déjà retrouvé devant la monotonie de la vie en souhaitant la pimenter un petit peu, on connaît forcément un éternel insatisfait qui commet des erreurs, « une personne banale qui veut sortir de sa banalité, ben c’est pas si banal » comme le dit le personnage de Luchini… Son regard fixe analyse celui d’Arterton de fond en comble et arrive même à lui tirer des pensées qu’elle ne formule pas. On commence à se faire autant de souci que lui, on aimerait qu’elle ne commette pas les mêmes erreurs qu’Emma…

Le film est un faux classique, car le tout est saupoudré d’un ton humoristique, qui fait plus de bien que de mal. Si les acteurs principaux semblent parfaits dans leur rôle respectif, c’est surtout la photographie du film qui est à contempler. La caméra met vraiment Arterton en valeur. On y découvre ou redécouvre la Normandie, on finit en sortant de la séance par vouloir digérer avec un Calva.

Au final, c’est un petit film malheureusement un peu lisse qui passe rapidement, sans grande prétention (on perd quand même du piquant des dialogues de Simmonds), mais assez charmant pour qu’on en sorte satisfait.

 

Akiha

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