Prenez un soupçon de Matrix, un schouïa de Minority Report, un rien de Gardiens de la Galaxie, un zeste de Brazil, et saupoudrez d’une poignée de film de gangsters, ajoutez-y quelques petites références au glorieux passé de la série, et vous obtiendrez l’épisode de la semaine !

Voilà le topo : fidèle à sa (nouvelle) réputation de chieur intergalactique, le Docteur est désespéré de voir Clara se préparer pour un rendez-vous. Heureusement, le destin va l’aider, puisqu’en un coup de téléphone, tous deux sont transportés dans une sorte de sas de sécurité, au beau milieu d’une banque réputée imprenable. Là, leur mémoire immédiate effacée, ils doivent braquer cette banque, manipulés par un nommé L’Architecte…

Voilà un concept jamais vu dans Doctor Who : le braquage de banque. Et pourtant… On ne cesse de pointer que l’imagination de Moffat est débordante, et à chaque épisode, ca nous surprend toujours ! La série s’éloigne ici quelque peu des sentiers battus pour offrir un épisode, disons, « anti-superhéroïque » : des représentants de plusieurs espèces ( Seigneur du Temps, Humain, Humain-ordinateur et humain-mutante/XMen ), des anti-Avengers quoi, chacun à la recherche de quelque chose qui sera dévoilé à la fin. Et comme c’est dans les plus vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, l’épisode ne manque pas de mettres dans sa structure quelques éléments qui ont fait sa gloire plus ou moins récente : cela va de la simple référence (la référence à l’écharpe de Tom Baker ou au noeud pap’ de Smith, le défilement des images des ex-ennemis du Docteur…) ou bien carrément des choses déjà aperçues dans les épisodes précédents (la course dans les couloirs tous identiques du vaisseau, comme dans l’épisode Inside the TARDIS, l’association avec des personnages prêts à se sacrifier comme dans Into The Dalek... ). Mais toujours reste, on ne le dira jamais assez, l’originalité. La prise de risque est ici maximum, et on avoue avoir été interloqué au début de l’épisode, avec cette histoire de braquage à la Ocean’s Eleven. Surtout qu’après l’épisode de la semaine dernière impressionnant de profondeur, on pouvait croire ( mais c’est après tout une angoisse légitime quand une série marche aussi bien ) que la série se laisserait un peu aller. On pouvait toutefois faire confiance à la série pour ne pas tomber dans cette facilité, et proposer plutôt une réflexion intéressante ( quoi que secondaire ) sur la possession de superpouvoirs ( ce que X-Men : L’affrontement final avait ébauché avec maladresse ), mais aussi une nouvelle aventure inédite du Docteur !

time heist

©BBC

On notera que dans cet épisode se passe une chose rarissime dans la série : le TARDIS étant une cabine téléphonique SPATIALE, on en avait presque oublié qu’il y avait quand même un téléphone ( dont seulement, selon le Docteur, peu de monde connaît le numéro ). Et là, dès le début, on est aussi étonnés que Clara de voir le téléphone sonner ! C’est ce détail, parmi tant d’autres qui parsèment l’épisode ( le gentil tacle de Capaldi contre le noeud pap’ et l’écharpe, l’impossibilité pour lui de comprendre les conventions auxquelles se plie Clara, entre autres ), qui rendent ce Docteur, pourtant bien ténébreux, attachant, tout comme la série. Bien que nous ne pourrons jamais effacer la trace laissée par Tennant et Smith, la série, plutôt que de déraciner ce plant-là, part sur autre chose, quelque chose de plus profond encore, plus complexe, mais aussi plus sombre. Et notre curiosité d’être toujours à vif au point de suivre toujours plus le Docteur dans ses pérégrinations, comme dans cet épisode.
Avec un Peter Capaldi toujours aussi shakespearien, et auquel on adhère de plus en plus ( son monologue face au monstre appelé The Teller était frissonnant d’intensité ), une Jenna Coleman dont on se remettrait vraiment mal d’un départ en fin de saison, et un talent d’écriture continuellement fructueux, la série n’a de cesse de nous étonner encore et encore, jouant avec les rythmes, les registres, les personnages. Quant à nous on se délecte. A la semaine prochaine pour…

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The Caretaker