Trois histoires composent la suite tant attendue de l’adaptation des graphic novels « Sin City » de Frank Miller. Est-elle décriée à raison? Et mérite-t-elle son four outre-Atlantique?

 

Dans les bas-fonds de Sin City, les choses sont restées les mêmes, mais ont aussi connu d’importants bouleversements. Alors que Marv et Dwight se lancent dans une nouvelle quête meurtrière, un nouveau protagoniste, Johnny, s’attaque au sénateur Roark, lui même centre de l’attention de la belle Nancy, encore traumatisée par la mort d’Hartigan… Une ombre plane sur Sin City, un vent de mort, un parfum de femme, celui d’Ava Lord…

 

On entend beaucoup, de manière parfois juste mais souvent abusive, qu’une suite d’un film réalisée des années après sera forcément mauvaise, car signe de manque d’inspiration des créateurs originaux, et dans le pire des cas désir de faire de l’argent. Cette suite de Sin City, précédente adaptation de la BD du même nom écrite et dessinée par Frank Miller, si elle écope déjà de telles critiques, est bien la preuve du caractère absurde de ce préjugé. Explications.

 

La paradoxe du nouveau Sin City se situe dans le cadre de sa comparaison avec le premier. Il est en effet, comme vous avez pu le lire dans l’introduction de cette critique, à la fois moins bon que l’original, mais aussi bien meilleur. Tout d’abord, le défaut majeur du film se situe dans son manque de véritable méchant haut en couleur: en effet, si le premier nous offrait le fils Roark, véritable monstre d’un jaune révulsant, ainsi qu’un cannibale psychopathe ressemblant trait pour trait à Harry Potter, le second nous propose mollement le père Roark, simple sénateur mafieux, et Eva Green (Ava, la Dame pour qui ils tuent tous), qui campe, certes avec brio, a peu près le même rôle que dans Dark Shadows et 300: Rise Of An Empire, à savoir une femme belle, trompeuse et sérieusement atteinte. On aurait aimé un peu plus d’originalité de ce côté là, le gros monstre entraperçu dans la bande annonce et le film (mais si, celui qui ressemble à Jabba de Star Wars) aurait déjà eu plus de gueule.

 

Du point de vue de l’esthétique, le nouveau Sin City n’égale pas seulement le premier opus, mais le dépasse, et c’est bien là que se trouve sa supériorité. En effet, le film de 2000 posait les bases d’un univers déjà hors normes, entre noir et blanc et couleur flashy, aux allures de comic-book, celui-ci développé encore le concept en proposant (enfin) une utilisation judicieuse de la 3D, et en poussant à fond les raccords troublants et astucieux autant qu’originaux (les tas de pièces qui deviennent la ville, les souvenirs de Marv qui défilent autour de lui comme des mouches…). Le premier avait de belles trouvailles, le second est donc une véritable claque visuelle.

 

Du point de vue du jeu des acteurs, on est toujours au même niveau d’exigence: Mickey Rourke, Jessica Alba et Rosario Dawson reprennent leurs rôles avec brio, Josh Brolin est le parfait successeur à Clive Owen dans le rôle de Dwight, et les petits nouveaux, à savoir Eva Green, Joseph-Gordon Lewitt, Juno Temple et même Lady Gaga, décidément chouchoute de Robert Rodriguez (on l’avait déjà vue dans « Machete Kills »), s’en donnent à cœur joie dans cet univers sombre et déjanté. Bruce Willis, enfin, est incroyable dans son rôle de fantôme, d’apparition représentant le seul homme qui fut jamais doté de morale à Sin City, symbole de la complexité profonde dont est capable l’acteur des Die Hard.

 

Du point de vue du message, le film fera encore une fois débat: il est clair que le film, à première vue, semble être l’apologie de l’autodéfense sont Frank Miller se défend publiquement. Mais en creusant un peu, on peut y voir également un combat contre l’hypocrisie dont sont coupables fréquemment les blockbusters superhéroiques, dont seules réchappent certaines productions DC, Marvel, ou autres  (The Punisher pour Marvel, Man of Steel pour DC, ou encore Kick Ass).

 

En effet, à partir du moment où on présente des héros capables de redresser leurs torts par eux-mêmes, pourquoi ne pas pousser le vice jusqu’au bout et les faire tuer leurs ennemis? Le « no shoot no kill » du Batman de Nolan ne serait donc qu’un principe viscéralement hypocrite, et d’ailleurs parfaitement personnifié par le personnage de Brolin dans ce Sin City, qui se met pourtant à tuer dans la seconde partie. Par ailleurs, si ils sont au centre du film, rien dans celui-ci ne définit Marv et Dwight comme des héros, peut être ne sont-ils que de simples redresseurs de torts…  Si elle est certes discutable et ambigüe, la question posée par ce film n’en est donc pas moins judicieuse, et inattendue dans ce type de cinéma.

 

Très probablement futur objet d’étude dans les écoles de cinéma contemporaines, ce produit purement Grindhouse (estampillé Troublemaker comme les Machete, on peut se demander si les deux maisons de productions ne découlent pas l’une de l’autre) aura de quoi choquer, par sa violence et le message qu’il semble transmettre. Il n’en reste pas moins un pur instant de jouissance, d’émotions et de réflexion. Et, rien que pour ça, merci Miller, merci Rodriguez.

Vivement le 3!